Dans mon quartier, niché au cœur de Toulouse, vivent plusieurs hérissons. Ces petits mammifères discrets mais bruyants quand ils jouent les bulldozers au milieu des feuilles sèches, sont parfois mes compagnons de fin de soirée lorsque je rentre tard. Depuis des années, je caressais l’idée de les photographier dans leur environnement urbain.
Cet été de 2015, la nature m’a offert un beau spectacle : grâce à des précipitations régulières, l’herbe est restée verte plus longtemps qu’à l’accoutumée. Habituellement, à cette période, la pelouse est jaunie par le soleil et les hérissons deviennent plus rares à observer. Mais cette année, ils semblaient apprécier ce petit coin de verdure, parfois visible depuis mon balcon.

Quand le hérisson se fait attendre
Bien sûr, lorsque j’ai enfin eu du temps libre et que mon matériel photo était prêt, ces petites boules de piquants ont disparu de la circulation. J’ai bien tenté quelques sorties discrètes à leur rencontre, mais rien à faire : pas l’ombre d’un museau.
Il m’a fallu patienter jusqu’à un retour tardif après une randonnée en roller pour en croiser… un, puis deux, puis trois !
- Le premier n’a pas été très coopératif : il a filé se mettre à l’abri dans une haie.
- Le second, un gros hérisson bien en chair – probablement une femelle – s’est prêté au jeu et m’a laissé le photographier. Il paraissait en excellente santé, prêt à affronter l’hiver.
- Le troisième, plus petit, s’est approché timidement avant de se mettre en boule en me repérant. Peut-être un juvénile encore méfiant.
Une séance photo avec des hérissons à 3 h du matin
Il était environ 3 h du matin lorsque j’ai commencé cette séance photo improvisée. Pour réussir mes clichés, j’ai utilisé un flash orienté en indirect, sur lequel j’avais fixé mon smartphone afin de créer une lumière d’appoint pour la mise au point.
L’éclairage public, pourtant très présent dans la rue voisine, n’éclairait presque pas le pied de la haie où se déroulait la scène.
J’ai limité le nombre de déclenchements, car les hérissons sont sensibles au bruit de l’obturateur du reflex. À chaque photo, ils sursautaient. Le plus petit, une fois en boule, n’a plus bougé jusqu’à mon départ. Le plus gros continuait de m’observer, l’œil brillant dans la pénombre.
À ma surprise, le flash ne semblait pas les déranger. Le véritable problème était le clac du déclencheur.
Une rencontre inattendue
En pleine concentration, j’ai soudain entendu un bruissement derrière moi. Un lapin a surgi, traversant la scène comme si de rien n’était. Un instant surréaliste : trois hérissons et un lapin, au beau milieu du centre-ville de Toulouse, sous le ciel d’été.
Le hérisson, un mammifère protégé
Le hérisson européen (Erinaceus europaeus) est un animal protégé en France. Omnivore à tendance insectivore, il se nourrit principalement de coléoptères, chenilles, escargots et vers de terre, mais ne dédaigne pas quelques fruits tombés au sol.
On le trouve dans toute l’Europe, du sud jusqu’à la Scandinavie, et même jusqu’en Russie. Introduit en Nouvelle-Zélande, il y est devenu une espèce invasive.
Ce petit explorateur nocturne possède un territoire moyen de trois hectares et peut atteindre une vitesse de 7 km/h. Malgré son aspect discret, il est souvent trahi par les bruits qu’il produit en fouillant dans les feuilles sèches, accompagné de petits grognements.
Mode de vie et comportement du hérisson
- Hibernation : de novembre à mars, le hérisson hiberne dans un abri tapissé de feuilles et d’herbes sèches. Il peut se réveiller quelques heures en hiver avant de replonger dans le sommeil profond.
- Activité nocturne : c’est un animal crépusculaire et nocturne. Un hérisson aperçu en plein jour est souvent malade, blessé ou en détresse.
- Aide estivale : en période de fortes chaleurs, on peut lui laisser une gamelle d’eau propre à disposition. Il est important de la renouveler régulièrement pour éviter la prolifération de moustiques.

Conseils pour photographier un hérisson
Photographier un hérisson en ville ou à la campagne demande patience et respect de l’animal. Voici quelques recommandations :
- Ne pas utiliser de lumière trop forte : privilégier un éclairage indirect ou diffus.
- Limiter le nombre de photos pour ne pas le stresser.
- Éviter de le toucher : le hérisson peut porter des parasites et il n’apprécie pas la manipulation.
- Rester discret : se déplacer lentement et s’agenouiller pour être à sa hauteur.
- Privilégier un objectif lumineux pour photographier sans flash si possible.
Un déclin préoccupant dans nos villes
Dans mon quartier, la population de hérissons semble en diminution. Plusieurs facteurs expliquent ce recul :
- La concurrence avec les rats, qui peuvent occuper les mêmes zones de nourrissage et les repousser.
- Les sécheresses répétées et l’absence de points d’eau, qui limitent leur hydratation et réduisent leurs proies naturelles.
- La circulation routière, responsable de nombreuses mortalités chaque année, aggravée par le manque de vigilance de certains conducteurs privilégiant la vitesse à la préservation de la biodiversité.
- La fragmentation des habitats, due aux clôtures infranchissables et à l’urbanisation, qui complique leurs déplacements.
- L’usage de pesticides et de désherbants, qui appauvrit la biodiversité des jardins et donc leur nourriture.
Agir pour protéger les hérissons… et les autres habitants de la nuit
Préserver la présence des hérissons dans nos villes est possible grâce à de petits gestes :
- Laisser des passages dans les clôtures pour faciliter leurs déplacements.
- Bannir les produits chimiques des jardins pour préserver les insectes dont ils se nourrissent.
- Aménager des zones sauvages et feuillues qui servent d’abris.
- Installer des points d’eau propres, renouvelés régulièrement, surtout en période de sécheresse.
Ces actions simples profitent non seulement aux hérissons, mais aussi à d’autres espèces discrètes qui partagent nos nuits, comme la salamandre, cet amphibien fascinant qui, lui aussi, dépend d’un environnement sain et humide pour survivre.
En protégeant ces petits habitants, nous contribuons à préserver une biodiversité urbaine riche, souvent invisible, mais essentielle à l’équilibre de nos écosystèmes.
Préserver la biodiversité urbaine
Ces rencontres nocturnes rappellent que la ville abrite une faune riche et souvent insoupçonnée. Jardins, parcs et friches urbaines sont des refuges précieux pour les hérissons. Malheureusement, ces derniers sont menacés par la circulation routière, l’utilisation de pesticides et la disparition de leurs habitats.
Préserver des zones vertes, éviter les clôtures infranchissables et bannir les produits chimiques dans les jardins sont des gestes simples pour les protéger.

















Adorable ces petites boules de poils….. Enfin façon de parler 🙂
C’est incroyable ces rencontres en pleine ville (j’ai déjà croisé un renard à 15h sur un trottoir du centre de Colmar).
Et big up pour ta motivation à faire des sorties photo à 3h du mat’ ! 😉
@Seb
l’aire urbaine de Toulouse abrite de nombreuses espèces animales. Chez moi il y a aussi des écureuils et de petits rapaces, mais ailleurs il y a aussi des blaireaux des renards et parfois des sangliers et autre cerfs. Il faut juste savoir où se trouvent leur territoire et avoir la patience de les attendre (parfois longtemps).
Trop charmant et sympa de ta part de parler des animaux qui vivent avec nous, preuve qu’il fait beau vivre à Toulouse, lapin et hérisson en plein ville 🙂
@celine
Ce ne sont pas les seuls à habiter en ville, il faut juste prendre le temps d’aller les trouver 😉