Ma première photographie dans un journal

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Dans la vie d’un photographe on a tous à un moment ou à un autre des souvenirs plus marquant que d’autres. L’un des souvenirs marquant de ma vie de photographe reste la première photographie que j’ai réalisé pour un journal.

Cette première commande est une question de chance plus que de savoir faire. Le résultat partirait aujourd’hui très probablement à la corbeille. Malheureusement je n’ai plus ces photos avec moi et il est probable que pour des questions de droit à l’image il soit impossible de les partager. Je l’ai donc reconstitué.

Le Père Noël visite une école et est photographié par un jeune photoreporter

Ma première photo : photographier le Père Noël

Pour ma première mission photographique j’ai dû aller photographier le Père Noël. Voilà un sujet assez rare, mais très accessible. Photographiquement parlant ce n’est pas ce qu’il y a de plus difficile. Il s’agit seulement de montrer le sourire d’un enfant ou de plusieurs avec l’homme en rouge. Aujourd’hui j’irais sur cette mission les yeux fermés, mais à l’époque j’avais une grosse pression sur mes frêles épaules.

Techniquement les contraintes sont un peu différentes. Si avec le numérique on peut faire autant de photo qu’on le souhaite à l’époque, c’est un appareil argentique qui m’est confié. Je n’ai donc pas vraiment le droit à l’erreur sans doute habitué à faire des photos à la maison où l’on doit penser avant de déclencher. Déclencher de manière irréfléchie revient à jeter l’argent par les fenêtres lors du développement. Mais revenons à la demande qui m’est faite pour cette photo d’une très haute importance.

J’avais 8 ans pour ma première commande photo

Nous sommes un jeudi après midi en classe. Tous les élèves digère le repas de Noël que l’on nous a servis à la cantine. Dans quelques jours, nous sommes en vacances et n’avons pas trop la tête à travailler. Pour faire face au peu de motivation qui nous habite à ce moment de la journée l’instituteur a organisé des ateliers.

Dans la matinée on nous a demandé de nous positionner sur des ateliers certains élèves n’ont pas eu le choix, ils doivent rattraper le travail en retard. Moi, je dois sur un atelier genre jeux de société. Mais après le repas l’instituteur fouille dans un placard, sa caverne d’Alibaba. Il en sort un vieil appareil argentique il ressemble à un appareil low-cost.

Me voilà propulsé reporter

Il me fait venir à son bureau et me demande si je sais me servir de cet appareil… Ce n’est pas un secret, à la maison, nous avons toujours fait des photos. J’ai donc déjà eu l’occasion de mettre mon œil dans un viseur et d’appuyer sur le déclencheur. Techniquement l’appareil se résume au seul déclencheur, un gosse de 3 ans pourrait s’en servir.

Je vois l’instituteur sortir de son sac en cuir une pellicule, l’installer dans l’appareil photo. Et il me dit : “Tripier (il nous appelait par nos noms jamais par nos prénoms) tu vas dans la classe des CP le Père Noël va passer, c’est ton père tu vas le prendre en photo.” Il ajoute : “quand tu as terminé tu reviens en classe”. Il termine en me disant que les photos sont pour le journal de l’école.

L’arrivée du Père Noël

Me voilà donc seul dans les couloirs de l’école me dirigeant vers la classe des CP. Je frappe à la porte et l’institutrice m’invite à entrer. Ses élèves sont en train d’apprendre la chanson de Tino Rossi : “Petit Papa Noël“.

Quelques minutes plus tard le Père Noël arrive. En entrant il me fait un clin d’œil, mais j’ai un peu de mal à reconnaitre mon père sous cet accoutrement. Il s’installe et commence à raconter une histoire. Il fait venir un élève sur ses genoux.

Le moment est idéal pour faire la photo, je déclenche. Clic Clac Kodak la photo est dans la boite, je retourne en classe. À l’époque, à la maison on fait une photo rarement plusieurs d’une même situation. Le développement des pellicules et le tirage représente un cout qu’on essaye de limiter.

L’instituteur semble surpris de me voir revenir si vite. Je lui rends son appareil. Il l’inspecte avant de me dire que je n’ai pas terminé la pellicule et qu’il faut que je la termine. Je retourne dans la classe des petits pour faire encore une petite vingtaine de photos.

Un vrai reporter photo comme à la TV

Sur place j’ai l’impression de mitrailler comme les photographes que l’on voit parfois à la TV. J’ai réalisé plusieurs photos du Père Noël avec des gamins sur les genoux. J’ai aussi des plans plus larges avec la classe devant un sapin chétif décoré de guirlandes en papier crépon. Alors que les élèves qui chantent massacrent Petit Papa Noël je réalise aussi une photo. Il reste des photos à faire, et je me fais embarquer par le Père Noël pour faire des photos dans une autre classe.

On change de bâtiment et je me retrouve dans le gymnase face à mon petit frère en maternelle. Ils ont fait le déplacement pour voir le Père Noël. C’est l’occasion de faire de nouvelles photos. Je fais un portrait de mon frangin dans les bras du Père Noël interprété par mob Père. C’est la dernière photo de la pellicule.

Ma première photo dans le journal de l’école

Après les fêtes, un vendredi après midi l’instituteur arrive avec une grande enveloppe. Je reconnais l’enveloppe il s’agit de l’enveloppe du laboratoire où nous faisons développer les photos.

Je suis le premier à regarder les photos. Puis elles font le tour de la classe. Certains élèves semblent jaloux de ne pas avoir pu aller faire les photos. D’autres au contraire semblent plus admiratifs. Mais je m’en moque. On regarde mes photos. On les colle au tableau aimanté.

Il faut voter pour garder les meilleures photos. Les photos floues sont logiquement rejetés. À l’issu des votes, il reste 3 ou 4 photos. Exceptionnellement on va en garder deux une avec les CP et une avec les maternelles. Selon l’instituteur cela va nous permettre d’avoir des choses à raconter. Tout le monde écrit son article sur le repas de Noël et la visite du Père Noël.

Quelques jours plus tard l’instituteur arrive avec une pile de feuilles polycopiées. Nous assemblons le journal de l’école, à la dernière page figurent deux photos, mes deux photos et le texte d’un autre élève. Je ne commenterai pas l’impression des photos, la photocopieuse les a massacrées.

C’est cette année-là que j’ai reçu mon premier appareil photo à moi. Un compact équipé d’un 24-150 mm ou quelque chose comme ça.

D’autres photos dans des journaux scolaires

L’année suivante, j’ai changé d’école. Dans le journal de cette école on ne publiait pas encore de photo. Il n’y avait pas d’atelier pour écrire dans le journal. Les instituteurs faisait passer les “bons textes” à une personne en charge du journal. Aucun de mes textes n’a été publié. J’ai toutefois pu faire publier une blague, 3 lignes pour faire rire les copains que j’avais dû taper à l’ordinateur, le premier de l’école.

Plus tard j’ai pu réaliser des photos avec des appareils photos jetables ou mon appareil photo pour le journal annuel du collège. J’ai aussi pu découvrir les joies du numérique pour ce même collège. Ma mère devait gérer le journal annuel du collège que je venais de quitter pour aller au lycée. Je pouvais utiliser cet appareil numérique pour certains moments festifs en dehors du lycée. Partageant le lundi matin dans un album les photos du week-end. Une sorte de Facebook avant l’heure …

6 COMMENTAIRES

  1. J’adore ce genre d’articles. J’espère que tu en partageras d’autres.
    Perso ma première photo publiée c’est une photo volée. On n’a pas tous la même histoire.

    • @Le chauve qui sourit
      Ca n’a pas le même charme effectivement mais c’est une première expérience qui peut créer l’envie de le faire plus normalement et surtout dans un cadre légal.

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