Faire des photos et se faire des souvenirs un exercice différent

Thomas Pesquet décolle pour Alpha sa seconde mission dans l'espace à bord de la station spatiale internationale. Avant son départ, il explique qu'il souhaite prendre du temps pour lui pour se faire des souvenirs. Sans doute fera-t-il moins de photos que lors de la mission Proxima.

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On pense souvent que les photos constituent un réel souvenir. Mais on oublie souvent que le photographe ne vit pas les choses de la même manière que les personnes qu’il photographie. Les souvenirs photographiques ne sont pas les mêmes que ceux que l’on peut se créer. Un souvenir ne se résume à une image ou une série d’images d’autres sensations que la vue entrent en compte dans la création d’un souvenir. Même les émotions et les sentiments sont enregistrés dans nos souvenirs.

À la veille de son second départ vers l’ISS pour la mission Alpha, Thomas Pesquet annonce partout qu’il pourrait faire moins de photos que lors de sa première mission : Proxima. En effet, il explique qu’il est revenu sur Terre avec de nombreuses photos, mais avec trop peu de souvenirs personnels. En effet, il y a une différence entre faire des photos et se créer des souvenirs. Pour se créer des souvenirs Thomas Pesquet va devoir prendre le temps lors de sa seconde mission dans l’espace. Ce ne sera sans doute pas une chose aisée. De nombreuses expériences attendent l’astronaute français à bord de l’ISS.

Impossible de faire venir un photographe dans l'Espace mais sur Terre pour garder des photos en souvenir il vaut mieux faire appel à un photographe dont c'est la mission
Thomas Pesquet va abandonner son appareil photo pour se créer des souvenirs lors de la mission Alpha

Comment se créer un souvenir ?

On a longtemps pensé que les souvenirs étaient rangés tels des livres dans une bibliothèque. Mais les scientifiques après plusieurs études ont démontré que nos souvenirs sont divisés tels les pages d’un livre et placés dans différentes zones de notre cerveau. Chaque page correspond à un élément différent qui compose un souvenir. Ainsi, il y a des pages qui contiennent nos souvenirs sensoriels d’autres enregistrent nos émotions ou des éléments géographiques ou temporels.

Les pages qui composent nos souvenirs sont elles même divisées dans les régions correspondantes de notre cerveau. Cela permet de garder des souvenirs plus longtemps. Cependant, avec le temps, nos souvenirs ne restent pas toujours aussi précis avec le temps qui passe.

Mais pour enregistrer ces pages constituant nos souvenirs, il faut que nos capacités cérébrales puissent fonctionner que nos récepteurs fonctionnent. Il faut pouvoir prendre le temps. Mais ce n’est pas toujours possible surtout quand on a toujours la tête dans le guidon que ce soit sur Terre ou dans la station spatiale ISS.

Le rôle des documents dans l’exercice mémoriel

Les photos, les vidéos, les peintures, les textes et plus généralement les créations sont des accessoires complémentaires de nos mémoires. Ils permettent de soutenir des souvenirs avec un support. Ces documents donnent la possibilité de partager nos souvenirs avec d’autres qui ont vécu le même moment ou pas.

Cependant, malgré tout le soin apporté par les créateurs de ces documents, il manque des éléments, nous disposons rarement de l’odeur ou des sensations physique par exemple. On ne peut qu’essayer de les décrire. Le créateur d’un document va choisir un angle particulier. Il va utiliser ses propres filtres pour capter et décrire ses moments. Ces documents sont rarement neutres.

Ces documents peuvent traverser le temps, voir l’Histoire. Ils peuvent devenir de précieux témoignages pour les historiens qui les récoltent, les classent, les analysent, etc. Mais le plus souvent ce sont des documents personnels qui se partagent au sein d’un cercle restreint de personnes, généralement le cercle familial parfois étendu au cercle d’amis.

Ainsi lors de sa première mission, l’astronaute français qui a photographié Toulouse depuis l’ISS, Thomas Pesquet a partagé quelques vidéos et de très nombreuses photos réalisées à bord de la station spatiale. Lors de son retour sur Terre il a continué de partager des photos et des vidéos qui ont parfois illustrées des livres.

En parallèle de la mission Proxima de nombreux objets souvenirs ont été commercialisés. Certaines marques ont proposé à la vente d’autres objets sans lien avec la première mission de l’astronaute français, mais qui évoquent forcément sa première mission chez de nombreux fans.

Une grande concentration pour faire des photos

J’explique souvent qu’une photo voir une série de photo demande beaucoup de réflexion en amont et une très grande concentration au moment d’appuyer sur le déclencheur. On a souvent l’impression qu’une photo se réalise en une fraction de seconde, mais la réalité est tout autre. En effet, faire une photo demande au photographe, à tous les photographes, de gérer des facteurs multiples. Il peut s’agir de la gestion de la lumière, du cadrage, de la couleur, de l’intention, du message. Parfois il faut diriger le sujet que l’on photographie en lui donnant des indications plus ou moins explicites, etc.

Au moment de déclencher le photographe se retrouve à la fois déconnecté du monde qui l’entoure et particulièrement impliqué. Mais cette concentration extrême empêche bien souvent au photographe de mémoriser tout ce qui l’entoure. Certains éléments peuvent même être occultés par la situation.

L’appareil photo agit comme un filtre

De nombreux photographes expliquent que l’appareil agit sur eux comme une barrière à émotion lors d’événements plus ou moins marquants. Ils peuvent parler des moments forts qu’ils vivent quand l’appareil est rangé, par contre, c’est plus difficile de raconter les moments qu’ils rencontrent lorsqu’ils ont l’œil dans le viseur.

Lorsqu’un photographe regarde dans le viseur son regard et tous ces sens se concentrent sur un seul point. On se retrouve plongé dans une sorte d’effet tunnel qui conduit parfois aux catastrophes aériennes. Coupé du monde on passe parfois à côté de ce qui se déroule autour de nous.

À titre personnel, lors des chasses à l’orage, il m’arrive de ne pas entendre la foudre. Pourtant, c’est un élément important pour rester en sécurité. Le temps qui s’écoule entre le flash lumineux et le tonnerre permet de connaitre la distance entre l’orage et le lieu de l’observation de ce phénomène.

Prendre le temps de poser l’appareil pour se souvenir

Aujourd’hui avec le numérique on voit des très nombreuses personnes concentrées uniquement sur leur appareil photo, sur leur smartphone. Mais que reste-t-il plusieurs jours après ? Certaines personnes sont incapables de décrire ce qu’elles ont filmé sans regarder leurs photos ou leurs vidéos.

Ces personnes ne vivent plus l’instant que par procuration. L’appareil photo rend ces photographes presque hermétiques à leur environnement. L’appareil photo joue le rôle de barrière à émotion.

On le sait la technologie nous rend fainéant et nuit notamment à la mémoire. Avec l’apparition des smartphones nous ne mémorisons plus les numéros de téléphone. Au lieu de réfléchir à nos trajets, nous utilisons des GPS. Avec l’œil rivé dans le viseur nous ne disposons pas de capacité de mémorisation suffisantes pour se créer des souvenirs. De plus en plus de personnes utilisent un support pour fixer leurs souvenirs.

Difficile de faire entendre à ces personnes combien un appareil photo, une caméra peuvent nuire à leurs capacités d’enregistrements. Impossible de les faire décrocher. Pourtant, poser son appareil photo, sa caméra reste le meilleur moyen de créer du souvenir, de vivre l’instant présent.

Pourquoi ne pose-t-on plus l’appareil photo pour créer de vrais souvenirs ?

Ces victimes des smartphones agissent elles ainsi pour obtenir quelques likes ou cherchent-elles à se souvenir d’un instant. Difficile de le savoir sans leur poser la question, mais les personnes qui ont un besoin permanent de contenu ne sont pas très nombreuses.

On peut se dire que faire des photos est tellement simple que l’on en fait chaque semaine de centaines, des milliers peut être plus. Chaque jour plus de 100 millions de photos et de vidéos sont publiées sur Instagram. À quoi servent ces images que parfois personne ne regarde pas même leurs auteurs ?

Il y a peut-être une forme de mimétisme pour certains mais pour d’autres. Pour d’autres, c’est peut-être un moyen de se cacher derrière un objet. Enfin pour les derniers, il s’agit certainement d’une forme de dépendance au smartphone … difficile de comprendre l’intérêt de photographier ou de filmer quand d’autres le font déjà et souvent mieux que soi. Il ne s’agit jamais ou presque d’une occasion unique à moins de partir dans l’espace.

Faire appel à un photographe pour fixer vos souvenirs

S’il semble difficile de déplacer un photographe pour une mission spatiale, lors des cérémonies familiales, lors d’événements professionnels, il est possible de solliciter un photographe professionnel.

Il peut être tentant de demander au cousin ou à une tante, de solliciter un ami voir un parent proche pour faire des photos. C’est sur on réalise quelques économies quand il ne s’agit pas de travail non déclaré. Mais la personne qui se retrouve avec une telle mission va OBLIGATOIREMENT passer à côté de cet évènement.

Il faut avoir bien peu de considération pour cette personne en lui confiant cette mission. Car après la cérémonie outre le travail sur les photos, il ne gardera que très peu de souvenirs de ce moment qui aurait du être un moment de partage. Qui souhaite réellement se faire Neuroliser comme dans Men In Black, qui souhaite ne pas avoir de souvenir d’un moment qui marque une famille ?

Comment dans une entreprise on peut demander à une personne dont ce n’est pas la mission de se mettre en recul lors d’un événement professionnel. Ces moments doivent aussi permettre de resserrer les liens entres les membres d’une entreprise.

Pour éviter de telles situations, il reste toujours préférable de faire appel à un photographe professionnel dont c’est la mission. Il ne ratera pas une cérémonie familiale mis au ban du groupe lors d’une mission photographique. Un photographe professionnel a pour mission première de fixer des souvenirs.

Par contre, dans l’Espace, pour le moment, les astronautes dont Thomas Pesquet doivent se débrouiller seuls ou avec les autres membres de l’équipage pour revenir sur Terre avec quelques photos à partager. Cependant, parfois il arrive qu’un photographe ait la chance de photographier le passage de la station spatiale internationale quand il n’a pas la chance de photographier un astronaute en apesanteur.

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