La création d’images via une IA soulève des questions

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De plus en plus, on croise des photos, ou des images générées par une Intelligence Artificielle (IA). Il existe à ce jour plusieurs moteurs plus ou moins performants et plus ou moins accessible au grand public. Ces images interpellent et certains tentent de rentabiliser leurs expérimentations en vendant leurs “créations” parfois sous forme de NFT ou plus souvent sous forme de tirages ou d’images virtuelles.

Pour pouvoir fonctionner, les moteurs de génération d’images utilisent des bibliothèques d’images, une base de donnée. Pour le moment, il ne semble pas possible aux IA d’utiliser des ressources accessibles via les moteurs de recherches comme Google Image. Une fois l’image produite, il manque une information : qui est l’auteur ou qui sont les auteurs à l’origine de ces images qui ont permis la génération de la nouvelle image.

Les photographes contre les IA, faut-il avoir peur des robots ?
Les photographes contre les robots et les IA qui génèrent des images plus ou moins réalistes (avec DALL-E)
Au programme : masquer

L’intelligence artificielle pas si nouvelle

L’histoire de l’intelligence artificielle a débuté en 1943 avec la publication de l’article “A Logical Calculus of Ideas Immanent in Nervous Activity” par Warren McCullough et Walter Pitts. Dans cet article, les scientifiques ont présenté le premier modèle mathématique pour la création d’un réseau de neurones.

En 1950, deux étudiants de Harvard, Marvin Minsky et Dean Edmonds, ont créé le premier ordinateur à réseau de neurones, Snarc. Au même moment, Alan Turing a publié le Turing Test ou Test de Turing, qui aujourd’hui encore sert à évaluer les IA.

En 1952, Arthur Samuel a créé un logiciel capable d’apprendre à jouer aux échecs de manière autonome. Mais ce n’est qu’en 56 que John McCarthy lors de la conférence “Dartmouth Summer Research Project on Artificial Intelligence” prononce pour la première fois le terme d’intelligence artificielle.

Une traversée du désert pour l’IA

Par la suite, en pleine guerre froide, des recherches visent à développer une IA capable de traduire le russe en anglais. Mais la période se révèle être un hiver pour le développement de l’IA. Les états financeurs (États-Unis et Grande-Bretagne) réduisent les financements face aux faibles avancés dans ce domaine.

Il faut attendre le début des années 80, avec la création de R1 (XCON) par Digital Equipment Corporations. Ce système attire les investisseurs et permet de réaliser de nouvelles recherches dans le domaine de l’intelligence artificielle. Mais l’arrivée des machines “LISP” moins couteuses plonge l’IA dans un nouvel hiver.

Un long hiver pour l’intelligence artificielle

Il faut attendre 1997 et la victoire de Deep Blue d’IBM sur le champion du monde d’échecs Gary Kasparov pour entendre à nouveau parler de l’Intelligence Artificielle.

En 2008, Google qui développe une IA de reconnaissance vocale lance ce service sur les smartphones.

En 2012, Andrew Ng a entraîné un réseau de neurones en utilisant 10 millions de vidéos YouTube comme ensemble de données d’entraînement. Grâce au Deep Learning, ce réseau de neurones a appris à reconnaître un chat sans avoir été explicitement enseigné ce qu’est un chat. Cela a marqué le début d’une nouvelle ère pour le Deep Learning.

En 2016, DeePMind l’IA de Google, arrive à battre Lee Sedol, le champion de Jeu de Go. L’IA se développe aussi dans le domaine du Jeu Vidéo avec notamment DeepMind AlphaStar sur Starcraft ou OpenAI Five sur Dota 2.

Les IA capables d'apprendre seules sont elles dangereuses ?
Robot tueur doté d’une intelligence artificielle dans le style de Johannes Vermeer (avec DALL-E)

Les effrayantes inquiétudes sur le développement des IA

Stephen Hawking, Elon Musk ou encore Bill Gates et de nombreux experts mettent en garde contre les risques potentiels du développement des IA autonomes, tels que leur utilisation à des fins malveillantes et leur capacité à causer des dommages irréversibles à notre monde. Ils soulignent l’importance de gérer ces risques de manière responsable et éthique.

De nombreux experts ont déjà demandé à l’ONU d’interdire les armes et robots tueurs autonomes, craignant qu’ils ne se retournent contre l’Homme. Il ne fait aucun doute qu’il faut dès à présent mettre en place des barrières pour éviter les catastrophes que pourraient causer une IA mal encadrée.

L’utilisation des IA, une révolution qui s’annonce dans le monde de la création !

Régulièrement dans le monde de la tech, on entend parler de révolution. De nombreuses annonces débouchent sur pas grand-chose, ce que l’on appelle révolution n’est bien habituellement qu’une évolution.

L’utilisation des intelligences artificielles (IA) est en train de connaître une croissance rapide et continue, et il est largement admis que cela pourrait avoir un impact significatif sur de nombreux aspects de notre vie quotidienne.

Les IA peuvent être utilisées pour résoudre des problèmes complexes, automatiser des tâches répétitives et prendre des décisions de manière plus rapide et plus précise que les humains.

Cela peut entraîner une révolution dans de nombreux domaines, tels que la médecine, l’industrie, la finance et les transports, pour ne citer que quelques exemples. Cependant, cela soulève également des questions éthiques et de responsabilité, et il est important que les avancées en matière d’IA soient effectuées de manière responsable, transparente et éthique.

L’exemple de ChatGPT, l’intelligence artificielle se dévoile au grand public

Dans de nombreuses professions, l’IA va permettre une évolution voir une révolution. L’exemple de ChatGPT est aussi impressionnant qu’inquiétant pour certaines professions qui risquent de subir de plein fouet cette révolution. On risque d’assister à une baisse de main d’œuvre dans certaines professions.

ChatGPT est un chat entre l’utilisateur et un humain. Il suffit de poser une question pour voir l’IA proposer une réponse. On peut alors dialoguer avec l’IA et ainsi cheminer jusqu’à obtenir la réponse attendue. L’IA ne donne pas son avis sur la politique ou l’actualité et ne semble pas avoir de sentiments. Ses réponses restent toujours très consensuelles.

Avec ChatGPT, il est déjà possible de corriger des bugs dans du code très pointu, de créer un menu équilibré qui s’affiche dans un tableau et propose la liste des produits à acheter. Certains ont utilisé des IA comme ChatGPT pour écrire des livres pour enfants.

Il ne fait aucun doute que du côté de la création graphique, ce genre de résultat arrivera tôt ou tard grâce aux IA. Est-ce que les photographes, les graphistes, les peintres doivent déjà chercher des alternatives à leur activité ? Rien n’est certains, mais il faut surveiller les IA, leurs évolutions.

L’IA dans le domaine de la science

L’intelligence artificielle a déjà fait ses preuves dans les domaines scientifiques. L’IA AlphaFold a par exemple permis de modéliser 214 millions de protéines.

Cette avancée majeure dans le domaine de la recherche permet aux chercheurs en biologie de pouvoir envisager développer de nouveaux médicaments et de vaccins.

Désormais, des chercheurs souhaitent utiliser l’Intelligence Artificielle pour la recherche de nouveaux matériaux. Elle devrait permettre de découvrir de nouvelles structures, de nouvelles propriétés. Jusqu’à présent, l’étude des matériaux demande de faire appel à de nombreuses équipes techniques spécialisées pour comprendre les propriétés chimiques, mécaniques, thermiques, électriques des matériaux.

Comment fonctionnent les IA sources de nouvelles images ?

L’apprentissage et l’entrainement des Intelligences artificielles

Une IA qui génère des images fonctionne en analysant les données d’une image et en essayant de les reproduire. Cette étape permet de former l’intelligence artificielle, que l’on nomme parfois machine learning. Plus l’IA a d’informations, plus elle peut générer une image proche de l’originale. Pour cela, une Intelligence Artificielle utilise des bases de données contenant de nombreuses images et photos permettant d’assurer son fonctionnement.

L’analyse des images de cette banque de données permettent à l’IA un apprentissage profond lors de l’analyse des images. Au fil des images analysées, un réseau de neurones se constitue et permet à l’IA de détecter et de classer les différentes caractéristiques d’un objet, d’un style, etc. Afin de fonctionner correctement, les images doivent être annotées et décrire le plus précisément possible l’image pour permettre l’alimentation, l’apprentissage de l’IA.

Aujourd’hui, pour alimenter les IA, les développeurs de ces IA utilisent des sites comme Pinterest, DeviantArt, et d’autres réseaux permettant facilement le partage d’image pour constituer des bibliothèques permettant d’entrainer leur IA. On parle alors de “web scraping” pour collecter les données des sites internet. Les entreprises à l’origine d’IA peuvent aussi utiliser des données qu’elles ont collectées dans le cadre de leurs activités. Mais à terme, rien n’empêche qu’un jour, les différentes intelligences artificielles se servent directement dans les moteurs de recherches.

Les IA risquent de rapidement tourner en rond

En partant du principe qu’une IA est alimenté par de nouvelles bases de données alimentées par des données disponibles sur Internet, on peut imaginer que rapidement les Intelligences Artificielles vont utiliser leurs propres créations pour s’entrainer. Ces créations diffusées plus ou moins volontairement sur Internet vont devenir des sources pour former et entrainer les IA.

Partant de ce constat, il semble plus que probable que les IA risquent de se neutraliser rapidement en proposant toujours les mêmes créations.

Comment créer une image avec une IA ?

Pour générer les images qui illustrent cet article, j’ai utilisé le moteur DALL·E d’une petite société de San Francisco, mais d’autres générateurs d’image se développent. On peut citer par exemple Midjourney, Krea, Stable Diffusion, ou encore Myheritage. La concurrence dans ce domaine ne peut être que bénéfique pour l’utilisateur, le résultat devenant à chaque mise à jour un peu plus précis.

DALL·E transforme des mots, des phrases en images. Plus il y a de mots, plus la génération de l’image est précise. Mais ce type de moteur peut aussi modifier des images préexistantes. Afin de limiter le nombre de requêtes, le site offre gratuitement un nombre limité de requêtes. Pour réaliser plus de requêtes, il faut disposer de moyens financiers permettant d’assurer le fonctionnement des serveurs qui hébergent l’IA.

Certains logiciels utilisent l’IA pour remplacer certains éléments, c’est le cas en photographie du logiciel Luminar qui dit utiliser une IA pour remplacer notamment le ciel. L’utilisation du logiciel Luminar soulève parfois des questions chez les photographes. Il est aussi possible d’ajouter ou d’enlever ou de transformer un élément grâce aux IA.

Faut-il avoir peur des IA dans le monde de l’image ?

Il n’est pas nécessaire d’avoir peur des IA dans le monde de l’image. Bien que l’IA puisse être utilisée pour générer des images de haute qualité et automatiser certaines tâches fastidieuses, à ce jour, elle ne peut pas remplacer complètement le talent et l’œil créatif d’un photographe humain. En fin de compte, l’IA peut être un outil utile pour les photographes. Mais c’est à eux de décider comment et quand l’utiliser pour obtenir les meilleurs résultats.

Il est également important de noter que l’IA est encore un domaine en développement. Les résultats obtenus ne sont pas toujours aussi impressionnants que ceux d’un photographe humain. Par conséquent, il est peu probable qu’à court terme l’IA seule puisse remplacer entièrement les photographes professionnels. Les imperfections sont encore trop nombreuses.

Avec le temps, l’Intelligence Artificielle permettra de générer des images qui pourront être à l’origine de fake news, puis de remplacer les photographes auteurs d’illustrations. Les photographes qui travaillent pour les microstocks risquent d’être les premières victimes de l’intelligence artificielle.

Les créations des IA génératives déjà présentes sur différents supports

On commence déjà à voir apparaître des images générées par des IA dans certaines banques d’images. Il ne fait aucun doute qu’à terme les banques d’images ne collecteront plus les images de photographes. Mais si leur service arrive à survivre, elles proposeront alors des images générées par des IA.

Ailleurs, on a pu voir une œuvre générée par une Intelligence Artificielle Générative gagner un concours. Lors de la foire d’art “Colorado State Fair”, l’œuvre Théâtre D’opéra Spatial a reçu le premier prix dans la catégorie Arts numériques/Photographie manipulée numériquement. Mais cette réalisation a été générée par l’IA Midjourney. Ce n’est pas la création d’un humain. Ici le seul rôle du créateur a été de formuler une requête pour générer l’image.

Sur Instagram, certains comptes ne diffusent que des images générées par des IA.

Les IA annoncent la fin des photographes. Une révolution attend le monde de la création d'images
Portrait de photographe dans le style de Van Gogh (avec DALL·E)

Une situation relativement nouvelle dans le monde de l’image

En musique existe le sampling qui consiste à utiliser un passage, le plus souvent, une boucle d’un autre morceau de musique. Cette technique est surtout utilisée par les musiques électroniques. Certains morceaux de musique ne sont parfois constitués que de samples (échantillons). L’auteur du nouveau morceau de musique doit bien évidemment créditer l’auteur originel du sample et le rétribuer en conséquence, sans quoi il s’agit alors d’un vol, voir d’un plagiat.

En photographie, c’est une situation plutôt nouvelle. Jusqu’à présent, ce genre de situation n’existait pas. Mais avec la démocratisation de logiciels de retouches et post-traitement et désormais des IA, il devient possible à monsieur tout le monde créer de nouvelles images à partir d’images déjà existantes.

Il y a bien quelques dessinateurs, peintres qui utilisent pour support une photographie et dans ce cas, il vaut mieux qu’ils demandent l’autorisation à l’auteur avant de diffuser la nouvelle œuvre. Mais dans un monde qui efface les petits créateurs au profit de ceux qui ont plus d’abonnés, de likes et de commentaires, il va rapidement devenir difficile de faire la différence entre une réalisation et un bidouillage assisté par une IA.

Des images simples à réaliser, mais qui en est réellement l’auteur ?

En utilisant un logiciel, il devient presque enfantin de générer de nouvelles images. Il suffit de connaitre comment fonctionne le logiciel pour lui faire créer de très nombreuses images de manière quasiment automatique. Plus besoin de décors, plus besoin de modèles, plus besoins de demande d’autorisation, tout se fait depuis un ordinateur.

Pour créer une image, une photo, il faut seulement connaitre les bonnes commandes pour que l’IA produise l’image qui correspond à la demande.

On peut se demander qui est concrètement l’auteur. Est-ce l’auteur du logiciel qui génère ces nouvelles images, ces nouvelles “photos”, est ce la personne qui sollicite le logiciel ou sont-ce les différents auteurs des œuvres analysées par l’IA qui lui qui permettent de fonctionner. Actuellement, il n’y a pas de réponse juridique pour ce genre de situation dans le monde des arts graphiques.

Mais on peut regarder ce qui se fait dans le monde de la musique par exemple, le sample, extrait de morceau de musique, impose que l’auteur de l’extrait utilisé soit crédité et donc le plus souvent rémunéré par l’artiste qui utilise ce sample. Mais pour un dessin ou pour une photo qu’est-ce qu’un sample et peut-on parler de sampling pour une image générée par une IA ? Faut-il trouver une limite en pourcentage de l’image ou en nombre de pixels ?

Qui paient les photographes à l'origine des images générées par des IA ? (avec DALL·E)
Qui paient les photographes et les artistes à l’origine des images générées par des IA ? (avec DALL·E)

Se pose la question de la rémunération des auteurs

En plus de la question du crédit des auteurs des images utilisées pour générer une nouvelle image se pose aussi la question de leur rétribution. En effet, ces auteurs doivent financer toute la réalisation d’une vraie photo ou d’une vraie image pour que l’IA puisse fonctionner.

Faire une photo ne demande qu’1/250ᵉ de seconde, mais il y a en amont tout l’apprentissage, toute la préparation, toute la mise en place et tout le post-traitement à prendre en compte. Pour faire une photographie, il faut du matériel, un appareil photo, des objectifs, des flashs, des trépieds, etc, un ordinateur, des logiciels. Je vous fais ici grâce de toute la partie administrative propre au fonctionnement d’une entreprise qui représente un cout non négligeable. Les prestations des photographes vous semblent onéreuses ? Il suffit de faire le calcul du salaire d’un photographe pour comprendre que le cout d’un photographe est pleinement justifié.

Est-il normal que les créateurs de contenu travaillent gratuitement pour alimenter les Intelligences artificielles ? Peut-on imaginer un seul instant que les IA qui utilisent des photos, des dessins, des peintures ne rémunèrent pas les créateurs. Et surtout, comment peut-on imaginer qu’en l’état les artistes, artisans continuent d’alimenter les IA.

La question du droit d’auteur (et donc de la rémunération des auteurs) va rapidement devenir un sujet central lorsque l’on utilise une IA. Cela peut devenir un sujet majeur pour les photographes, les graphistes, peintres, les coloristes, les dessinateurs et de nombreux autres artisans. Serons-nous capables de nous défendre collectivement face aux IA et face à une société qui ne comprend pas toujours les questions du droit d’auteur.

Comment savoir si mes créations sont utilisées par une Intelligence artificielle ?

Il peut être difficile de savoir quelles créations sont utilisées par une intelligence artificielle (IA). Cependant, il existe plusieurs moyens qui peuvent nous en prémunir :

  • Toutes les ressources en lignes peuvent être ajoutées à une banque de données pour entrainer une IA. Il faut donc réfléchir à 2 fois avant de diffuser une photo, du texte ou toutes autres créations. C’est notamment le cas pour protéger les enfants, ici ne pas diffuser des photos de ses enfants n’importe où et n’importe comment prend tout son sens.
  • Faire attention à la licence de diffusion des photos. Il convient donc de vérifier les licences d’utilisation des créations que l’on partage. On peut imaginer que pour entrainer une IA des données soient utilisées en fonction de la licence d’utilisation. Cela sous-entend qu’il faut absolument vérifier la licence que l’on accorde au site hébergeur, notamment aux plateformes de diffusion des photos, c’est parfois écrit en petits caractères dans les conditions d’utilisations. Ailleurs, c’est à l’utilisateur de définir la licence associée à ses créations.
  • Surveillez l’utilisation des créations diffusées. Que ce soit de manière manuelle ou de manière automatique, il est possible de surveiller l’utilisation des créations que l’on partage en ligne. Cependant, j’ai peur que ces outils soient dépassés par le fonctionnement des IA.

Il est important de noter que, même si vous parvenez à déterminer que vos créations sont utilisées par une IA, il peut être difficile de savoir de quelle manière ces créations sont utilisées et à quelle fréquence.

Les avocats experts dans le droit d’auteur risquent de rester dans le flou longtemps jusqu’à ce qu’un créateur suffisamment fortuné s’attaque à ce problème. Avec le risque que le juge ne puisse statuer, car l’entreprise à l’origine de l’IA se trouve à l’étranger.

Une mobilisation des créateurs contre les IA

Certains commencent à se mobiliser contre les IA. J’ai commencé à écrire cet article en octobre 2023 et en décembre 2023 certains artistes comment à protester, à se poser des questions. Certains ont changé les images qu’ils avaient mises sur ArtStation pour manifester contre les IA.

Le site ArtStation permet aux créateurs de partager leur portefolio et parfois de se faire remarquer par des personnes de l’industrie graphiques, que ce soit pour des jeux vidéo, pour un film ou pour toutes autres applications visuelles. Cependant, l’IA prend de plus en plus de place, certains utilisateurs de la plateforme partagent leurs créations générées par des IA. Pire, certains utilisateurs suspectent les IA de venir faire du Machine-Learning sur la plateforme.

La plateforme ne souhaite pas interdire les images générées par des Intelligences artificielles malgré les protestations des artistes, utilisateurs de la plateforme. De même, elle ne souhaite pas bloquer l’apprentissage automatique des intelligences artificielles. Cependant, la plateforme propose de mettre en place des mots clés (“NoAI”) sous les images, afin d’interdire l’utilisation de ces images pour le renforcement des IA.

Dans son communiqué, la plateforme indique prendre très au sérieux les questions liées au droit d’auteur. Elle invite les artistes qui pensent que leurs œuvres ont été utilisées par des IA à faire une DMCA.

Peut-on interdire ou limiter le développement de l’IA dans l’art ?

Si il semble possible d’imposer le marquage des créations générées par une IA sur certaines plateformes, celles-ci risquent de ne pas jouer le jeu bien longtemps. Il semble difficile d’interdire les Intelligences Artificielles de créer ce qui s’apparente à de l’art, on peut essayer d’éviter qu’elles utilisent nos contenus, mais pendant combien de temps ?

On peut penser que l’IA est un outil puissant, mais les créateurs de contenus, les artistes sont les outils de l’intelligence artificielle. Sans eux, sans nous, pas d’Intelligence Artificielle. Nous alimentons trop souvent nous même ce qui peut servir à entrainer les intelligences artificielles. Que ce soit en publiant nos créations sur diverses plateformes ou en utilisant des logiciels qui stockent nos créations sur des serveurs à l’autre bout de la planète, nous devenons nous même nos propres fossoyeurs.

Pour les créateurs, il ne faut pas voir les IA comme un risque, mais comme une évolution qui peut apporter à tous des services. Dans certains domaines, il faudra savoir se renouveler. Il ne fait aucun doute que les artistes, les photographes, des graphistes, etc devons apprendre à utiliser ces outils. Il reste des domaines ou l’IA ne remplacera jamais l’humain, tout au plus pourra-t-elle les aider dans certaines taches.

C’est à l’utilisateur de contenu généré par une IA d’apprendre à faire la part des choses et à choisir ce qu’il veut. Il ne fait aucun doute que d’ici à quelques mois ou quelques années, faire la différence entre l’œuvre d’un artiste et celle d’une IA sera difficile à identifier. Aujourd’hui, nous pouvons faire le choix de manger industriel ou local et fait main. Dans le monde de l’art, il sera toujours possible de faire le choix qui nous correspond en espérant que l’utilisation de l’Intelligence artificielle ne stérilise pas trop les différents courants créatifs qui pourraient se faire crucifier sur l’hôtel de la seule rentabilité.

Mise à Jour 22/12/22 : Le fondateur de Midjourney avoue avoir utilisé des images sans l’autorisation de leur auteur

Au moment de la sortie de cet article, PetaPixel rapporte les propos de David Holz, fondateur de Midjourney qu’il a tenu dans une Interview de Forbes. Il reconnait que son IA a utilisé des images sans avoir sollicité les auteurs de ces photos.

Il indique qu’ils n’avaient pas les moyens de vérifier la provenance des photos. Pourtant, de nombreux photographes remplissent leurs métadonnées. Il aurait pourtant été simple d’ajouter dans les lignes de codes de l’Intelligence Artificielle utilisée par Midjourney un système pour vérifier quelles images étaient utilisées et s’il était possible de les utiliser.

Il apparait donc de plus en plus clairement que pour permettre le développement de l’IA, certaines entreprises n’hésitent pas à bafouer les droits d’auteur des créateurs. Cela démontre qu’en volant les créateurs, certaines entreprises font des bénéfices. 2023 s’annonce intéressante, certains créateurs risquent de lancer des procédures contre les IA et les entreprises qui gèrent leur fonctionnement.

Mise à Jour 5/1/23 : Adobe utilise les photos envoyées sur Adobe Creative Cloud pour entrainer son IA

Quelle surprise !!! Adobe utilise vos photos transmises dans le cloud pour entrainer son intelligence artificielle. Peu de photographes ont vu le changement dans les conditions d’utilisation du logiciel. Aucune autorisation n’a été demandée lors du changement des conditions d’utilisations. Ainsi, l’autorisation était donnée par les utilisateurs sans qu’ils n’en soient informés, à moins de lire les conditions d’utilisation d’Adobe Créative Cloud. Autan dire que personne n’a dû voir le changement.

Il est possible de désactiver l’analyse de vos photos et donc interdire l’entrainement de l’IA (il faudra croire que c’est vrai) sur votre compte creative cloud via votre navigateur.

L’analyse des photos permet, jusqu’à présent, d’entrainer l’IA de Lightroom pour améliorer les outils du logiciel, notamment les outils de masquage. Grâce à cette intelligence artificielle, les outils de masquage de Lightroom sont parmi les plus performants. D’autres outils profitent sans doute des capacités de cette IA. Cela permet aux photographes de gagner du temps lors des opérations de post-traitement.

Mais rien n’empêche Adobe d’utiliser les données collectée pour entrainer une IA capable de générer de nouvelles images. Même si l’entreprise de San José assure qu’elle est en train de revoir sa politique concernant l’IA générative. Il reste à croiser les doigts pour être informé avant que ce genre d’option soit mis en place chez Adobe.

En plus des logiciels de traitements d’Images comme Lightroom et Photoshop, Adobe possède Adobe Stock (anciennement Fotolia), un microstock.

Mise à Jour 17/01/23 : Les IA génératives sur le banc des accusés

Aux États-Unis, un collectif d’artiste lance un procès contre les IA génératives qui utilisent les œuvres protégées par le droit d’auteur sans autorisation. Ce procès soulève la question de comment et surtout avec quelle matière sont entrainées les IA génératives.

Getty Images, agence de photo, menace les IA d’une procédure similaire si rien n’est fait pour respecter le droit d’auteur. Dans ce cas, on peut quand même se demander si ce n’est pas un peu hôpital qui se fout de la charité quand on connait la politique de l’entreprise sur les licences d’œuvres qu’elle distribue.

Malheureusement, ces procédures risquent de demander un temps pour aboutir, ce qui va permettre aux IA de gagner du terrain sur les créateurs.

Article à lire sur : Techradar

6 COMMENTAIRES

  1. Il existe une appli qui permet d’identifier les pièces de Lego et qui propose ensuite d’en faire des construction en donnant le mode d’assemblage. Dans ce cas l’IA peut être utile même si je préfère utiliser mon imagination.

    Dans le cas des artistes qui vont se faire écraser par les Ia je comprends vos inquiétudes.

    • @Afolaurent
      J’ai testé cette appli en parallèle de l’écriture de cet article. Elle est assez dingue même si elle ne semble pas reconnaitre les couleurs.
      C’est intéressant de la voir fonctionner, mais ça ne remplace pas la créativité.

  2. Super article,
    Je comprends que l’IA peut être utile dans certains aspects de la photographie, mais je suis inquiet de voir à quel point elle peut devenir envahissante. Nous devons nous assurer de ne pas laisser l’Intelligence Artificielle prendre le dessus et de continuer à valoriser le travail humain dans notre métier.

    • @GB photographie
      Je suis certain que l’IA peut nous aider dans les taches les moins passionnantes comme le titrage des photos. Le plus sera de continuer à valoriser notre métier. J’entends tous les jours que mes tarifs sont trop élevés et pourtant ils restent dans la norme du marché voir sont légèrement inférieurs.

  3. Je suis photographe depuis de nombreuses années et je suis très inquiète de voir l’IA prendre de l’ampleur dans notre industrie. Je crains qu’elle ne remplace les photographes professionnels et ne mette en danger notre métier. Ton article est passionnant et me semble bien étayé sur les risques et les avantages de l’IA. Nous, photographes et autres créateurs, devrons sans doute devoir cohabiter avec l’intelligence artificielle. On va devoir s’en protéger afin qu’elle ne vienne pas nous copier et surtout prendre notre place !

    • @Alexandra photographe de presse
      Le plus difficile est à venir. Il faut que l’on fasse bloc pour permettre une cohabitation saine qui nous permette de continuer à vivre, mais cela semble difficile.

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