Interview de Gilles ADT Photographe dans la nature

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Je m’appelle Gilles Adt. J’ai 48 ans et je suis né dans le Nord Est de la France. Dès que j’ai pu j’ai commencé à voyager (désert du Sahara, Irlande, Jordanie, Désert blanc en Egypte… et beaucoup de régions de France) jusqu’à ce que je découvre l’Ile de la Réunion où je vis dorénavant.

Autoportrait : Gilles ADT
Autoportrait : Gilles ADT

Gilles ADT comment as-tu commencé la photo ?

J’ai commencé la photo grâce (ou à cause 😉 ) d’un de mes frères à l’époque de l’argentique… Nous réalisions ensemble des doubles expo et autre petits délires. J’ai eu ensuite une phase sans photo car un autre coté artiste (Pastelliste – Sculpteur) a pris le dessus. J’ai repris la photo sérieusement en 2010.

Comment as-tu appris la photographie ?

Entièrement autodidacte. J’ai participé activement à des forums  (pixelistes surtout) ou des personnes m’ont conseillé et où j ‘ai pu voir des photos de grandes qualités dont le domaine animalier. Sinon je me suis documenté beaucoup via internet (vidéos et articles de fond en français ou anglais) surtout pour le domaine de la photo de nuit car je ne connaissais personne réalisant ce genre de photo il y a 5 ou 6 ans. Mais surtout la pratique photo m’a beaucoup appris… photographier sans cesse… essayer… expérimenter !

Quel est ton approche actuelle de la photo ?

Je suis un passionné avant tout. Je passe une grande partie de mon temps en photo animalière (surtout oiseaux) et en photo de paysage de nuit (nightscape). J’organise mes voyages et sorties suivant la présence des oiseaux mais aussi par rapport aux photos de nuit que je pourrais réaliser (gros travail de préparation en amont du voyage ou des sorties).

Mais la photo est aussi un prétexte pour découvrir et apprendre à connaitre les espèces que je côtoie ou à découvrir l’univers et les étoiles qui nous entourent. Pour le coté animalier par exemple je photographie beaucoup d’espèces en coopération et sous convention avec les associations de sauvegarde de la faune réunionnaises et de Mayotte : j’apporte mon savoir-faire de photographe, eux m’apportent les connaissances sur les espèces. Je travaille actuellement avec quelque autres photographes à la rédaction d’une charte éthique des photographes animaliers de la Réunion.

Mais depuis quelques années je découvre à chaque voyage le même problème : partout les espèces sauvages sont menacées d’extinction. Alors j’oriente de plus en plus mon travail photographique animalier comme un témoignage pour les générations futures de ce que nous avons détruit.

Éruption volcanique photo : Gilles ADT
Éruption volcanique (photo : Gilles Adt)

Quelles sont tes sources d’inspirations ?

Pour l’animalier j’ai deux grands maitres contemporains : Laurent BAHEUX et Vincent MUNIER (j’ai eu la chance de rencontrer ce dernier à la Réunion).

Pour la photo de nuit c’est la découverte d’un photographe réunionnais qui m’a donné envie : Luc Perrot mais je suis aujourd’hui ma propre voie : j’ai des images en tête (c’est mon côté peintre qui ressort car  j’ai toujours un calepin lorsque je suis en billebaude !).

Un autre grand photographe m’intéresse : Pierrot MEN . C’est le grand photographe malgache. Mon travail photographique est très différent du sien mais ces N&B m’ont toujours charmé et m’inspire lorsque je développe mes photos en N&B

Aujourd’hui as-tu envie de découvrir d’autres domaines liés à la photographie ? Qu’est ce qui t’empêche d’essayer ?

J’ai essayé et pratiquer la macrophotographie mais je n’ai plus le temps actuellement.

Je viens de faire dé-filtrer un boitier pour pouvoir explorer le monde de la photo infra-rouge que je n’ai fait qu’effleurer pour l’instant.

Enfin cet appareil dé-filtré va me permettre de me lancer dans la photo du ciel profond. Il va falloir que j’apprenne à régler et utiliser une tête azimutale.

Comment définis tu ton statut et pourquoi ?

Je suis professionnel depuis quelques années car j’ai été amené à vendre des photos à des sociétés ou agence de presse et vu mon statut de fonctionnaire j’ai préféré être en règle et clair par rapport à mon employeur principal. Mais je reste surtout un passionné : j’aime être en pleine nature

Je suis par mon premier métier aussi formateur. Alors j’ai développé des formations que je réalise à la Réunion et Mayotte sur la photo de paysage, la photo de nuit ou la photo d’oiseaux.

femelle papangue - (photo : Gilles Adt)
femelle papangue – (photo : Gilles Adt)

Quel est ton matériel et pourquoi ?

En photo animalière : nikon D5 et deux objectifs : 300mm f/4 et 600mm f/4 avec multiplicateur 1.4

En photo de paysage ou de nuit : nikon D850 et 14mm f/1.8 sigma + 35mm f/1.8

Pour les timelapses et photo infra-rouge : nikon D610 défiltré avec nikon 14-24mm f/2.8 et 24-120 f/4

Des trépieds, un slider pour les timelapses, une tête panoramique pour les arches complètes de la voie lactée.

Quel est ton « flux de production » ?  De l’idée à la diffusion de la photo

Je photographie toujours en raw et je catalogue mes photos dans Lightroom. Ensuite pour le développement j’utilise Lightroom – Photoshop – les plugins Nik Software. J’utilisais Dxo pour le débruitage mais le résultat ne me convient plus sur mes derniers boitiers

Pour les idées je travaille toujours par thème (comme je pratiquais en pastel ou sculpture) : je réalise des séries de photos : je suis actuellement sur la réalisation de photo de paysage de nuit « au clair de la lune »  ou sur des photos de vague en gros plan au 200mm

Où montres tu tes photos et pourquoi ces choix ?

Je suis présent sur les réseaux sociaux (facebook – instagram) mais surtout sur 2 sites :

www.adtgilles.photos qui est mon site généraliste

www.ornitho.photos pour les photos d’oiseaux

Naissance de la Voie lactée - panorama de 8 prises de vue (photo : Gilles Adt)
Naissance de la Voie lactée – panorama de 8 prises de vue (photo : Gilles Adt)

Quels sont tes meilleurs et pires souvenirs photographiques ?

Le meilleur souvenir : début février 2017 a eu lieu une éruption du Piton de la Fournaise. Je suis monté au volcan vers 22h avec l’idée de photographier la lueur de l’éruption et le ballet des voitures emmenant les gens au point de vue sur l’éruption. Mais en arrivant sur place un orage sévissait. La photo a été réalisée à 2km  de l’éruption et on y voit le nuage volcanique rouge et l’orage bleu violet. Superbe moment.

Le pire souvenir : parti photographié une espèce qui était considérée comme disparu pendant 20 ans à Mayotte je me suis enfoncé dans une zone humide en voulant avoir un autre point de vue sur l’oiseau. Je me suis retrouvé embourbé jusqu’au bassin pendant 1h. Ce sont des habitants qui m’ont aperçu (et oui j’étais dans un endroit où ils viennent peu.. et je sais maintenant pourquoi !) et qui sont venu me sortir ainsi que le trépied et le 600mm. J’y ai perdu mes chaussures et j’y ai gagné une bonne crise de rires avec mes « sauveurs » quand ils ont vu mon état !!!

Tu illustres cet interview avec plusieurs photos, pourquoi celles ci ? Raconte-nous leurs histoires

Ce sont actuellement les photos qui synthétise ma démarche d’éthique envers la nature.

Madame Busard de Maillard : c’est une de mes plus belle rencontre : le Busard de Maillard est endémique de la Réunion (et donc présent que la !). Il resterait 150 couples. Il est protégé et étudié par la société d’étude ornithologique de la réunion (http://www.seor.fr/). La première rencontre avec ce magnifique oiseau a été un choc pour moi… depuis je ne cesse de le photographier !

Naissance de la voie lactée : c’est un panorama de 8 prises de vue de l’Ouest de la Réunion. J’ai repéré que de nuit je pouvais faire « sortir »  notre galaxie, la Voile actée, de ce four à chaux.  Il m’a alors fallu prévoir les meilleurs dates et heures pour réaliser cette photo. Après plusieurs essais infructueux liés à la météo c’est une nuit de juillet à 2h du matin que j’ai enfin eu un ciel sans nuage ! Mais pas sans la pollution lumineuse dont l’impact est très important (à la Réunion par exemple sur l’échouage d’oiseaux marins attirés par ces lumières).

Les guépards de Namibie : lors de mon dernier voyage (février 2018) j’ai eu la chance d’avoir une femelle guépard et ses 2 jeunes pendant deux heures à proximité et à découvert. Gros moment d’émotion que d’observer ces superbes félins… malheureusement en voie de disparition (c’est un leitmotiv dorénavant à chaque voyage d’écrire cela !). La mère est à droite sur la photo.

(photo : Gilles Adt)
guépards (photo : Gilles Adt)

As-tu un conseil pour les photographes qui lisent ce billet ?

Avant tout prendre du plaisir… tout en ayant une éthique de photographe : minimiser son impact sur les lieux ou les espèces vivantes pour à tout prix faire LA photo.

Mais je pense de plus en plus qu’il est aussi de notre devoir de photographe de témoigner des destructions dont l’Homme est responsable.

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