Jeudi 18 septembre, Toulouse a de nouveau vibré au rythme des slogans et des tambours. La deuxième journée de mobilisation « Bloquons tout » a rassemblé étudiants, syndicats, indépendants et citoyens en colère, bien décidés à se faire entendre malgré les annonces récentes du gouvernement.
Du blocage matinal de l’université Jean Jaurès à la marche ensoleillée entre Saint-Cyprien et Jean Jaurès, la contestation a repris ses marques. Le retrait de la suppression de deux jours fériés, annoncé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, n’a pas suffi à calmer la rue. Car dans le même souffle, une nouvelle menace plane : une baisse de la TVA qui pourrait fragiliser encore davantage les microentrepreneurs. Toulouse a montré que la détermination ne faiblit pas.

La fac du Mirail verrouillée dès l’aube
À peine le jour levé, les abords de l’université Jean Jaurès, anciennement Toulouse-Le Mirail, se sont transformés en point de blocage. Comme souvent dans les grandes mobilisations étudiantes, l’université se retrouve en première ligne.
Pour Lucas, étudiant en sociologie, « commencer par bloquer la fac, c’est symbolique. Le savoir est un espace de résistance, et on veut montrer qu’on ne laissera pas nos conditions d’études et de travail se dégrader ». Autour de lui, des camarades distribuent des tracts aux passants et accrochent des banderoles aux grilles.
Le blocage s’installe rapidement dans une ambiance à la fois sérieuse et conviviale. Le soleil déjà haut réchauffe les visages et contribue à une atmosphère presque festive. Mais derrière les sourires, la colère est bien réelle.
Un départ de Saint-Cyprien sous tension
Vers 14 h, le gros de la manifestation se retrouve à Saint-Cyprien, sur la rive gauche de la Garonne. Le lieu est hautement symbolique : c’est là que s’était terminée la précédente manifestation, dans une atmosphère tendue. Cette fois, le cortège prend la direction inverse pour rejoindre Jean Jaurès.
La place est noire de monde. Syndicats, associations, collectifs étudiants et simples citoyens se mélangent. Les drapeaux rouges, verts et multicolores flottent au vent. Les slogans s’élèvent, scandés en chœur : « Toulouse, debout, soulève-toi ! » ou « On lâche rien ! ».
La police encadre discretement le cortège dès le départ. La présence des forces de l’ordre se fait davantage présente après le pont des catalans. Contrairement aux annonces du ministre de l’Intérieur pas de véhicule centaure en vu.
Pour Claire, infirmière mobilisée sur son temps libre, « ça ressemble à une démonstration de force. Mais on est venus pour marcher pacifiquement. Si la tension monte, ce ne sera pas de notre fait ».


Les mêmes revendications, la même détermination que le 10 septembre
Sur les pancartes, les revendications rappellent celles du premier acte de « Bloquons tout ». Les annonces gouvernementales n’ont pas suffi à calmer la contestation.
Le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, a certes annoncé l’abandon de la suppression de deux jours fériés, une mesure jugée « injuste » par de nombreux salariés. Mais dans le même temps, les microentrepreneurs ont découvert qu’une baisse supplémentaire du taux réduit de TVA pourrait apparaître dans le prochain projet de loi de finances.
« C’est du donnant-perdant, on enlève une mesure pour en rajouter une autre », s’agace Julie, maquilleuse à domicile. « On nous promet des facilités, et finalement, on creuse encore notre précarité. »
Les syndicats partagent cette méfiance. Un responsable local de la CGT martèle au micro : « Le gouvernement joue au pompier pyromane. Il recule d’un pas pour avancer de deux. On ne tombera pas dans le piège ».


Principales revendications nationales des manifestations « Bloquons tout »
- Changement de la politique fiscale
- Plus d’impôts pour les riches, moins pour les classes populaires/moyennes.
- Meilleure répartition des richesses.
- Amélioration du niveau de vie des classes populaires et moyennes
- Opposition au gel des prestations sociales (retraites, allocations chômage, logement…)
- Maintien ou amélioration des services publics, qu’ils « fonctionnent ».
- Rejet des mesures d’austérité annoncées pour 2026
- Suppression de jours fériés, réforme des congés, franchises médicales, allongement du délai de carence en cas d’arrêt maladie…
- Démission d’Emmanuel Macron
- Certains manifestants revendiquent le départ du président.
- Mise en place d’une Sixième République
- Demande de refonte institutionnelle, règles de base pour une Sixième République qui renforcerait la démocratie.
- Fin du « déni démocratique »
- Manque d’écoute des citoyens, sentiment que les politiques ne tiennent pas compte des urnes, des revendications populaires.
Un cortège coloré et bruyant à l’occasion de la seconde mobilisation « bloquons tout »
Au fil des rues, la manifestation s’étire et se densifie. Sur les trottoirs, les commerçants observent, partagés entre curiosité et inquiétude. Certains baissent leur rideau le temps du passage, d’autres saluent les manifestants d’un geste de soutien.
Des musiciens improvisent une fanfare, transformant l’ambiance en défilé festif. Mais à chaque carrefour, la présence policière ramène une certaine gravité. Dans les rues perpendiculaires, on aperçoit des CRS qui ferment les accès vers le centre-ville.


Arrivée à Jean Jaurès : la boucle est bouclée
Après deux heures de marche, le cortège débouche sur les allées Jean Jaurès. Les manifestants occupent la grande esplanade centrale, encerclée par les forces de l’ordre.
Le contraste est frappant : d’un côté, une foule bigarrée qui danse, chante et agite ses pancartes ; de l’autre, un dispositif policier massif, rigide, presque silencieux. Un camion à eau dépasse de l’alignement des fourgons qui bloque les boulevards.
Depuis un camion sonorisé, une syndicaliste annonce que 40’000 personnes étaient présentes à la manifestation.


Des tensions après la manifestation « Bloquons tout » de Toulouse
La tension monte en fin d’après-midi, 1 h après l’arrivée des premiers manifestants au bas des allées Jean Jaurès, de nombreux manifestants occupent encore l’espace. Des avions en papier plié à la hâte dans des tracts volent devant le cordon de CRS. A Toulouse, rien de plus normal que de voir quelques avions voler, sous les casques des CRS, on devine de légers sourires.
Mais les avions se transforment en projectiles plus lourds, des canettes et des bouteilles en verre commencent, elles aussi, à voler en direction des forces de l’ordre.
Les forces de l’ordre ripostent alors avec quelques grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants qui s’échappent en direction de la médiathèque Marengo. Bloqués au milieu des allées, les manifestants s’engouffrent dans une rue en direction de la place Belfort. Le jeu du chat et de la souris entre les derniers manifestants et les forces de l’ordre commencent alors.


A 18 h 30, la prefecture indique que 18’000 manifestants étaient présents, même si plus tôt, depuis un camion sonorisé, une syndicaliste annonçait que 40’000 personnes étaient présentes à la manifestation. Un abribus a été détruit, trois feux de poubelle ont été constatés et une voiture partiellement incendiée. Les forces de l’ordre ont interpellé 46 personnes.
Un bras de fer qui s’installe
À Toulouse comme ailleurs, cette deuxième journée de mobilisation témoigne de la persistance du mouvement. Les concessions du gouvernement apparaissent insuffisantes, et les nouvelles menaces sur la TVA attisent la colère.
Pour les manifestants, il ne s’agit plus seulement d’une bataille sur quelques mesures ponctuelles, mais d’un rapport de force plus global. La défiance envers l’exécutif reste profonde.
« Le problème, c’est qu’on ne croit plus à leurs annonces », résume un syndicaliste cheminot. « Tant qu’ils ne changeront pas de cap, il y aura des grèves, des blocages, des manifs. »
« Bloquons tout », et après ?
Difficile de prédire la suite. Les collectifs locaux appellent déjà à de nouvelles actions. D’autres misent sur la convergence des luttes, espérant rallier davantage de professions au mouvement comme les agriculteurs.
Pour l’heure, Toulouse s’inscrit dans la continuité d’une mobilisation nationale. « Bloquons tout » se veut un mouvement de fond, capable de durer au-delà d’une rentrée agitée.
Sous le soleil de ce 18 septembre, la Ville rose a rappelé qu’elle reste un bastion de contestation. Une contestation qui, malgré les concessions, refuse de s’éteindre.

















