Kodak dément les rumeurs de faillite et rassure sur son avenir

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Depuis le début du mois d’août, Kodak s’est retrouvée malgré elle au centre d’un emballement médiatique. De nombreux journaux, généralistes comme spécialisés, ont affirmé que l’entreprise américaine, symbole de la photographie, allait mettre la clé sous la porte. Certains n’ont pas hésité à évoquer une faillite imminente, laissant croire que l’histoire de Kodak touchait à sa fin.

Quinze jours plus tard, je rentre de vacances et la rumeur continue encore de circuler, alimentée par des titres racoleurs et des reprises en boucle. Pourtant, la réalité est bien différente. Le 11 août 2025, Kodak a publié ses résultats financiers du deuxième trimestre, un rapport technique adressé à la SEC (l’autorité américaine des marchés financiers) ayant été mal interprété. Face au tumulte médiatique, l’entreprise a dû publier un communiqué officiel pour rétablir la vérité : Kodak n’est pas en faillite, et elle ne compte pas cesser ses activités.

Après la quasi-faillite de 2012, kodak se reconstruit
Kodak n’est pas au bord de la faillite ( photo : Blood )

Bref retour sur l’histoire de Kodak

Fondée en 1888 par George Eastman, Kodak a révolutionné la photographie en rendant la pratique accessible au grand public grâce à son célèbre slogan : « You press the button, we do the rest ». Pendant plus d’un siècle, la société a dominé le marché mondial, devenant synonyme de photo familiale, de souvenirs de vacances et d’innovations techniques. Ses films, appareils et papiers photo ont façonné l’imaginaire collectif.

À son apogée, dans les années 1980, Kodak comptait plus de 145 000 employés dans le monde et réalisait des milliards de dollars de chiffre d’affaires. Mais la transition vers le numérique a bouleversé cet empire. Alors même que l’entreprise avait inventé le premier appareil photo numérique en 1975, elle n’a pas cru à son potentiel et s’est retrouvée dépassée par des concurrents plus agiles comme Canon, Sony ou Nikon.

Depuis sa faillite de 2012, Kodak a profondément changé de visage. Elle s’est recentrée sur trois piliers :

  • la photographie argentique, où elle reste une référence mondiale,
  • l’impression professionnelle et industrielle,
  • la chimie spécialisée et les matériaux innovants.

Aujourd’hui, si Kodak n’est plus le géant de jadis, elle conserve un rôle clé dans l’univers de l’image et continue de susciter l’attention, la passion… et parfois l’inquiétude.

Kodak, une entreprise marquée par l’histoire et une faillite retentissante en 2012

Si la rumeur actuelle a trouvé un tel écho, c’est en grande partie parce que Kodak a réellement connu une faillite spectaculaire en 2012. Confrontée à l’effondrement du marché de la pellicule argentique face à la montée en puissance du numérique, l’entreprise n’a pas su transformer son modèle à temps.

Pourtant pionnière de la photo numérique dès les années 1970, Kodak n’a pas exploité son avance, préférant protéger ses ventes de films. Résultat : l’entreprise a été placée sous la protection du Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, le temps de restructurer ses dettes et de se recentrer sur d’autres activités, notamment l’impression et la chimie. Cette faillite a durablement marqué les esprits et explique pourquoi chaque rumeur de disparition ressurgit avec autant de force.

Une incompréhension technique à l’origine du bruit médiatique

Le cœur de la polémique repose sur la « déclaration sur la continuité d’exploitation », une mention comptable obligatoire. Celle-ci n’annonçait en rien une fermeture ou un dépôt de bilan, mais signalait simplement que certaines échéances financières méritaient une attention particulière.

Certains journalistes ont pris ce passage pour une alerte rouge et en ont fait des gros titres catastrophistes. En d’autres termes, ils ont confondu prudence technique et prédiction de faillite.

Et le problème ne s’arrête pas là : une fois l’erreur commise et relayée, peu de médias ont pris la peine de publier un correctif ou une mise à jour après le démenti officiel de Kodak. Dans un monde où l’information circule à la vitesse d’un clic, la vérification et le suivi devraient pourtant être la base du métier.

La réponse ferme de Kodak

Dans son communiqué, Kodak insiste sur plusieurs points clés :

  • Pas de fermeture prévue : l’entreprise ne compte ni arrêter ses activités, ni se placer sous la protection de la loi sur la faillite.
  • Un plan de désendettement solide : grâce à la résiliation de son fonds de pension prévue en décembre 2025, Kodak devrait recevoir environ 500 millions de dollars d’actifs, dont 300 millions en liquidités.
  • Une dette bientôt effacée : ces liquidités serviront à rembourser l’essentiel des 477 millions de dollars de dettes à terme et des 100 millions de dollars d’actions privilégiées.
  • Une activité stable : au deuxième trimestre 2025, seulement 3 millions de dollars de trésorerie ont été utilisés, essentiellement pour des projets de croissance.
  • Une vision optimiste : début 2026, l’entreprise espère disposer d’un bilan « plus solide qu’il ne l’a été depuis des années », avec quasiment plus de dette nette.

Le fonds de pension : un levier décisif

La stratégie de Kodak repose sur la résiliation de son plan de pension, dont les obligations envers les bénéficiaires seront pleinement respectées. À l’issue de cette opération, prévue en décembre, l’entreprise disposera d’environ 500 millions de dollars pour assainir sa situation financière.

Cette opération, qui peut sembler purement technique, est en réalité une étape clé vers la stabilisation durable de Kodak.

Kodak et les photographes : un lien indéfectible

Au-delà des chiffres, Kodak reste dans le cœur des photographes du monde entier. L’argentique connaît depuis plusieurs années une renaissance, et la demande en pellicules ne cesse de croître. Mais la hausse des prix pèse lourdement sur les utilisateurs.

Pour beaucoup, le rêve est simple : que Kodak, une fois sa situation financière rétablie, ouvre de nouvelles usines ou augmente ses capacités de production. Une telle décision permettrait de répondre à la demande croissante et, surtout, de réduire le coût des films, devenu parfois prohibitif.

Aujourd’hui, certains films Kodak coûtent deux à trois fois plus cher qu’il y a dix ans. Cette flambée des prix limite l’accès à la photographie argentique, alors même qu’elle attire de plus en plus de jeunes créateurs. Les photographes espèrent donc que Kodak saura investir dans l’avenir de l’argentique et leur redonner un peu d’air.

Le rôle des médias dans cette tempête

Ce qui choque dans cette affaire, ce n’est pas seulement l’incompréhension technique, mais surtout la légèreté avec laquelle une rumeur s’est transformée en vérité médiatique. En relayant sans vérification sérieuse, certains journaux ont jeté le doute sur l’avenir d’une entreprise déjà fragile.

Pire encore, une fois la clarification apportée, rares sont ceux qui ont pris le temps de rectifier publiquement leurs erreurs. L’information circulant plus vite que la nuance, le mal était fait.

Ce comportement pose une vraie question sur la responsabilité journalistique : informer ne devrait pas se résumer à copier-coller un communiqué ou interpréter hâtivement un jargon financier. L’absence de suivi et de correctifs contribue à brouiller la compréhension du grand public et à abîmer la confiance dans les médias.

Conclusion : Kodak reste debout, malgré le bruit

La tempête médiatique de ce mois d’août en dit long sur l’aura de Kodak : une simple ligne comptable suffit à déclencher une vague mondiale d’articles catastrophistes. Mais la réalité est tout autre. L’entreprise américaine poursuit son désendettement, affirme sa stabilité et se projette avec optimisme.

Pour les photographes, l’espoir est clair : que Kodak ne se contente pas de survivre, mais qu’elle investisse à nouveau dans l’outil industriel afin de rendre l’argentique plus accessible.

Quant aux journalistes, l’affaire rappelle une évidence : publier vite n’est pas toujours publier juste. Et un correctif ne coûte pas grand-chose, si ce n’est un peu d’humilité.

6 COMMENTAIRES

  1. voila une information rassurante par rapport à tous les articles que l’on a pu lire cet été. Kodak fait de très bon films et je souhaite continuer à les utiliser.

  2. J’étais en train de chercher des bons plans pour faire ma réserve quand je suis tombé sur cet article. J’ai lu le communiqué de presse et effectivement un journaliste n’a soit pas compris soit souhaite nuire à Kodak. Les autres ont fait les perroquets sans chercher à aller plus loin, comme trop souvent.

    • @Laurargentique
      L’information coute chère et malheureusement, c’est plus simple de faire une confiance aveugle à un média un peu important que de chercher l’information, de la recouper et de la vérifier avant de la partager. C’est plus fréquent qu’on ne le croit et les trace laissées par ces infos incomplètes ou erronées sont souvent plus profondes que d’autres qui ne suscite pas d’émotion.

  3. Dommage que la communication de Kodak n’ait pas été relayée plus largement. Je partage ton article pour partager la vérité sur la fausse faillite de Aout 2025

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