Il y a des trains qui ne relient pas seulement des gares, mais des vies, des histoires, des souvenirs. Le 22 juin 2025, la ligne ferroviaire entre Montréjeau et Bagnères-de-Luchon a repris du service après plus de dix ans d’interruption. Fermée en 2014 pour des raisons techniques, cette ligne semblait condamnée à disparaître dans le silence des rails abandonnés. Pourtant, elle renaît aujourd’hui, portée par la détermination d’élus locaux, d’associations d’usagers et par la volonté politique de la Région Occitanie, qui devient ainsi la première collectivité à piloter directement une infrastructure ferroviaire sur son territoire.
Pour cette journée exceptionnelle, j’ai embarqué à bord du premier train en compagnie de ma nièce de 4 ans, habitante de la vallée, curieuse et enthousiaste à l’idée de vivre ce moment historique. Le train est, pour elle, plus qu’un moyen de transport : c’est une porte vers l’ailleurs, un prétexte à l’évasion, une manière de tisser des liens avec ses frères et sœurs qui pourront désormais venir plus facilement lui rendre visite. Pour moi, ce voyage est l’occasion de revenir sur un territoire cher à mon regard de photographe, de documenter cette résurrection ferroviaire et de capter les émotions d’un peuple qui retrouve son train.
À bord, l’atmosphère est festive. Les voyageurs sourient, échangent, redécouvrent le paysage de la ligne, certains l’empruntaient régulièrement avant les innondations de 2013. Ce n’est pas juste un train qui roule, c’est une promesse tenue. À Luchon, les animations rythment l’arrivée. La musique, les spectacles, les saveurs locales composent un moment suspendu. Nous en profitons pour flâner dans la ville, redécouvrir ses charmes et sa douceur de vivre montagnarde. Ce dimanche à la montagne, organisé autour de la réouverture de la ligne, a la saveur douce-amère des choses qu’on croyait perdues et qu’on retrouve, un peu par miracle.

Ligne Montréjeau – Gourdan‑Polignan – Luchon modernisée pour un service quotidien

La ligne propose désormais 6 allers-retours par jour, reliant Montréjeau à Luchon en 35 minutes. Le train dessert cinq gares :
- Montréjeau-Gourdan‑Polignan (Corespondances : direction Toulouse et direction Tarbes – Pau – Bayonne)
- Loures‑Barbazan
- Saléchan‑Siradan
- Marignac‑Saint‑Béat
- Bagnères-de-Luchon
Grâce à un investissement de 67 millions d’euros, les voies, tunnels, passages à niveau et gares ont été entièrement rénovés. Les passages à niveau sont désormais sécurisés par des barrières de type suisse, une première en France. La gare de Luchon a été restaurée.
Voir tous les trains : Lio Occitanie




De Montrejeau-Gourdan-Polignan à Luchon
En 2014 la ligne de train qui avait subit des nombreux dégats lors des innondation de 2013 ne permettait plus une circulation des trains dans de bonnes conditions. Lors du dernier départ de train de Luchon dans la vallée de nombreux habitants semblaient émus et inquiets pour l’avenir de leur vallée sans le train.
Pour la réouverture de la ligne nombre d’entre eux étaient présents dans le train inaugural. Entre Montréjeau et Luchon sur les bords de la ligne réaménagée on pouvait voir de nombreux curieux venus saluer le retour du train. Nombre de ces curieux faisaient quelques photos ou des vidéos du passage de ce train, d’autres saluaient les voyageurs souvent avec un regard émus.


Evidemment un tel évènnement ne pouvait s’organiser sans quelques manifestants venus protester certains contre l’A69 l’autoroute entre Toulouse et Castres, d’autres contre le soutien à Israel qui bombarde la bande de Gaza etc.
Dans les gares des animations attendaient les passagers de ce premier train. Bien sur les élus locaux avaient tous un mots à dire aux cotés de la présidente de région Carole Delga. Dans la deuxième partie du train les voyageurs étaient un peu exclus de ces moments.
À Luchon, un dimanche à la montagne : fête populaire et concerts
Dès notre arrivée à Luchon, la gare s’anime. Les luchonais sont nombreux pour accueillir le retour du train. Les voyageurs sortent de la garre accueillis par une haie d’honneur du groupe folklorique « les Fils de Luchon ». Les guides à cheval et la Fanfare Luchonnaise animent le parvis de la gare. Ma nièce, émerveillée, se mêle à la foule, attirée par les démonstrations équestres. Il y a des rires, des sourires, de la musique partout.


Evidemment les élus viennent faire une discours d’accueil. Les voyageurs et les luchonnais écoutent plus ou moins attentivement les différentes interventions. Bien sur ils soulignent les activités que permettront ce train, le ski, les cures, les activités de montagnes etc .C’est aussi l’occasion de remercier ceux qui ont permis le retour du train à Luchon ou de défendre le train comme un moyen de trasport écologique indispensable aux territoires enclavés.

Flânerie dans Luchon, la Reine des Pyrénées, ville thermale et joyau pyrénéen
Au cœur d’un cirque montagneux majestueux, Bagnères-de-Luchon surnommée la Reine des Pyrénées déploie ses charmes entre élégance Belle Époque et paysages alpins spectaculaires. Après l’effervescence de l’arrivée du premier train, ma nièce et moi avons pris le temps de flâner dans la ville, redécouvrant les lieux emblématiques qui font de Luchon une destination unique des Pyrénées.

Nous avons pris la direction de l’allée d’Étigny, artère principale de la ville. Les trottoirs de l’avenue Foch ne sont pas les plus agréables. L’allée d’Étigny nous dévoile rapidement ses charmes. Un véritbnale bond dans le temps nous attend. On se retrouve au cours de la cité thermale. Je connais bien certains de ces commerces nombre d’entre eux ont cependant laissé leurt place à des commerces des restaurants, je venais souvent avec les gamins des séjours que j’encadrais dans le luchonais, à Jurvielle par exemple. L’allée d’Étigny nous mène jusqu’aux thermes de Luchon, fleuron patrimonial et médical de la région. Mais le voyage creuses et la faim se fait sentir. On s’arrete dans un snack, les retaurants ayant fait le plein. Au loin on devine les thermes

Les Thermes de Luchon au bout du chemin
Les Thermes de Luchon, alimentés par une source naturellement sulfureuse, sont réputés depuis l’époque romaine pour leurs bienfaits sur les affections respiratoires, rhumatologiques et dermatologiques. Aujourd’hui encore, ils accueillent chaque année des milliers de curistes venus chercher apaisement, santé et bien-être dans un cadre d’exception. Le retour du train permet désormais à ces visiteurs de venir sans voiture, en toute sérénité, pour des cures de plusieurs jours ou même simplement pour un après-midi détente dans les espaces thermoludiques.
L’ambiance est douce, presque contemplative. Chaque façade raconte une époque, chaque balcon fleuri évoque la villégiature, le temps suspendu. Entre les hôtels historiques, les villas cachées dans les rues secondaires et les parcs discrets, Luchon se laisse découvrir au rythme du pas, dans une harmonie parfaite entre architecture, nature et art de vivre montagnard.
On poursuit notre découverte dans le Parc des Quinconces mais un orage commence à se faire entendre. On file se mettre à l’abri en esperant que celui ci ne soit que de courte durée.


André Manoukian pour conclure la journée à Luchon
À 16 h 30, André Manoukian donne un concert gratuit, ponctuant cette journée exceptionnelle par un moment suspendu, entre jazz et montagne. Un instant rare, partagé avec des centaines de curieux venus célébrer une ligne, un lien, un paysage retrouvé. Malheureusement la météo apporte un peu d’orage et de pluie.
Tout au long de sa prestation le pianiste ponctue ses morceaux de quelques explications rendant ainsi la musique encore plus accessible. Il echange aussi avec son percutionniste Mosin Kawa ce qui rend les pauses musicales plus dynamiques. Il précise aussi qu’il est parrain des piano dans les gares et suggère qu’un piano soit installé dans la gare de Luchon.

Une dynamique touristique relancée entre Montrejeau et Luchon
La réouverture de la ligne Montréjeau – Luchon donne un véritable coup d’accélérateur au tourisme local, en particulier dans une vallée dont l’économie repose en grande partie sur les activités de pleine nature et le thermalisme. Le train devient un accès direct aux vacances, que ce soit pour une escapade le temps d’un week-end ou pour un séjour plus long.
Des activités hivernales dans le luchonais
En hiver, les skieurs pourront rejoindre facilement les pistes grâce aux navettes régulières vers la station de Peyragudes, située à près de 1 600 m d’altitude. Depuis le centre-ville de Luchon, une télécabine relie directement la station de Superbagnères aux portes de la vallée, offrant un panorama à couper le souffle sur les sommets enneigés. Cette accessibilité repensée permet non seulement de désengorger la route, souvent encombrée les week-ends, mais aussi de réduire l’empreinte carbone des séjours au ski.
Des activités estivales dans le Comminges et la Barousse
En été, la Barousse et le luchonais deviennent le terrain de jeu idéal pour les amateurs de randonnée, de VTT, d’escalade, de sports d’eau vive (rafting, canyoning, kayak) et même de vol libre. Des sentiers balisés, des cols mythiques prisés des cyclistes, des via ferrata ou encore des rivières tumultueuses à explorer attirent une clientèle sportive et familiale en quête d’aventure et d’authenticité.
Grâce à la ligne ferroviaire rouverte, tous ces loisirs deviennent plus accessibles aux vacanciers sans voiture, aux familles en quête de déconnexion, mais aussi aux jeunes sportifs qui voyagent en groupe avec leur matériel. Les correspondances vers Toulouse, désormais fluidifiées, permettent d’arriver à Luchon en moins de 2 h 30 depuis la métropole régionale, enchaînant TER et correspondance locale. Les liaisons en bus vers les vallées voisines et les transports saisonniers mis en place par la région viennent compléter l’offre, facilitant les allers-retours vers les stations et les points d’intérêt touristiques.
Il est désormais plus simple d’assiter à la transumance qui se déroule fin mai début juin, de participer aux Brandons qui se déroulent entre la mi-juin et la mi-juillet. Il est aussi possible d’aller voir l’embrasement de Saint-Béat ou meme d’encourager les courueurs du Tour de France dans le Port de Balès, dans le portet d’Aspet dans le col de Peyressourdes ou lors des arrivées à SuperBagnères.
Enfin, les curistes et visiteurs des Thermes peuvent bénéficier de cette nouvelle accessibilité pour profiter d’un séjour plus reposant et durable. En réduisant les contraintes de transport, on redonne au voyage tout son sens : celui de prendre le temps, de découvrir autrement, et de respecter les territoires traversés.
Ligne Montréjeau-Gourdan‑Polignan – Luchon au service du territoire
Mobilité et accessibilité
La réouverture marque un tournant pour la vallée de Luchon : elle reconnecte des villages isolés, facilite l’accès à l’emploi, à la formation, aux soins et au tourisme. Grâce à une meilleure interconnexion avec les lignes vers Toulouse, Tarbes ou Pau, c’est tout un réseau de proximité qui retrouve du souffle. Sur la ligne remise en service de nombreuses villes et villages ont perdu des services publics. Le retour du train garanti la présence d’un service public qui permet de rapprocher les habitants.
Tarification solidaire
Pour garantir un accès au plus grand nombre, la région met en place des offres tarifaires attractives :
- Trains à 1 € : disponibles toute l’année
- Abonnement pour le travailleur : 1 €
- Billet Futé : 3 à 10 € selon la distance
- SolidariO : gratuité pour 20 trajets aux demandeurs d’emploi, puis 75 % de réduction
Un choix politique fort en faveur d’une mobilité équitable et durable.
En résumé de Montréjeau-Luchon
| Élément | Détail |
|---|---|
| Date de réouverture | 22 juin 2025 |
| Nombre de trajets/jour | 6 allers-retours (12 trains) |
| Durée du trajet | 35 minutes |
| Arrêts desservis | 5 gares |
| Budget travaux | 67 millions d’euros |
| Tarifs | À partir de 1 € |


Vers une mobilité encore plus verte : les trains à hydrogène dès 2026
La réouverture de la ligne Montréjeau – Luchon ne s’arrête pas à la simple relance du service voyageurs : elle s’inscrit dans une démarche d’innovation écologique. Dès 2026, la Région Occitanie prévoit de faire circuler sur cette ligne des trains à hydrogène, marquant une avancée majeure vers une mobilité ferroviaire zéro émission. Ce choix s’inscrit dans la continuité des engagements régionaux en faveur de la transition énergétique et de la décarbonation des transports.
Le matériel actuellement utilisé, des autorails bimodes (thermiques/électriques), laissera ainsi progressivement place à des rames de nouvelle génération, silencieuses et propres. Les futurs trains, fournis par Alstom et issus de la gamme Coradia iLint ou équivalente, seront capables de parcourir plus de 600 km sans émission de CO₂, uniquement à partir d’hydrogène stocké à bord et de piles à combustible. Cette technologie, déjà testée avec succès dans plusieurs régions européennes, est parfaitement adaptée aux lignes non électrifiées comme celle de Luchon.
Avec cette perspective, la ligne Montréjeau – Luchon devient une vitrine du ferroviaire de demain, conjuguant revitalisation des territoires, innovation technologique et responsabilité environnementale.

Sauvons les petites lignes : une mobilisation portée par Carole Delga

Parce que le train ne doit pas être réservé aux grandes métropoles, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, a lancé en juin 2025 une pétition citoyenne intitulée « Petites lignes – Grande cause ». Objectif : défendre les 984 kilomètres de lignes secondaires menacées dans la région, et plus largement les 4 000 kilomètres de petites lignes à travers la France.
Dans le premier train entre Montrejeau et Luchon Carole Delga explique l’importance de ces lignes féroviaires. Elle insiste sur le rôle essentiel dans la vie quotidienne : elles relient les territoires ruraux aux bassins d’emploi, facilitent l’accès aux soins, aux études, à la culture. Elles sont aussi un levier concret de la transition écologique, en proposant une alternative propre et accessible à la voiture individuelle.
Depuis plusieurs années, la Région Occitanie investit massivement pour entretenir et moderniser ces infrastructures, alors même que l’État, propriétaire des voies, réduit sa participation. À travers cette pétition, Carole Delga appelle à un véritable “new deal ferroviaire”, pour garantir un financement pérenne du réseau ferroviaire de proximité, en s’appuyant notamment sur des recettes nouvelles issues du trafic routier et des quotas carbone.
En tant qu’usagers, citoyens, amoureux du train et des territoires, nous pouvons tous faire entendre notre voix.
Signez la pétition “Petites lignes – Grande cause” pour défendre un service public ferroviaire équitable et durable.
LGV Bordeaux – Toulouse : un projet à grande vitesse freiné par l’État
Alors que la ligne Montréjeau – Luchon célèbre sa renaissance, le regard se tourne déjà vers le prochain grand chantier ferroviaire en Occitanie : la LGV Bordeaux – Toulouse. Prévue pour mettre la Ville rose à un peu plus de 3 heures de Paris, cette ligne à grande vitesse est attendue depuis des décennies par les habitants, les élus et les acteurs économiques du Sud-Ouest. Sa construction, officiellement lancée en 2024 avec des premiers travaux préparatoires, représente un enjeu d’aménagement du territoire majeur. Elle permettrait de désaturer les lignes existantes, de réduire l’empreinte carbone des déplacements longue distance et de renforcer l’attractivité économique de la région.
Mais le projet est aujourd’hui fragilisé : l’État a annoncé son intention de se désengager partiellement du financement, remettant en question la répartition initialement prévue. Ce retrait met à rude épreuve l’équilibre du partenariat financier, reposant sur une contribution conjointe entre l’État, l’Europe, les collectivités locales et les taxes spécifiques votées sur les aéroports et les entreprises de transport. Pour la Région Occitanie, farouche défenseure du ferroviaire, ce désengagement est un recul préoccupant, en contradiction avec les ambitions affichées de transition écologique et de rééquilibrage territorial.
Cette incertitude sur la LGV vient souligner, par contraste, la réussite locale et résiliente que représente la ligne Montréjeau – Luchon, financée exclusivement par la Région, et qui démontre que des alternatives régionales solides peuvent émerger face aux tergiversations de l’État. Elle témoigne d’une conviction : le ferroviaire mérite mieux qu’une promesse sans suite.
Conclusion : Une ligne qui relie bien plus que des gares
La réouverture de la ligne Montréjeau – Luchon ne se résume pas à un chantier d’infrastructure ou à une inauguration festive. Elle incarne une vision du territoire tournée vers l’avenir, où la mobilité douce devient un vecteur d’équité, de désenclavement et de développement local. En reconnectant la vallée de Luchon au reste du réseau régional, elle offre à ses habitants une nouvelle respiration : accès facilité à l’emploi, à l’éducation, aux soins, et surtout au lien social.
Cette ligne, jadis jugée non rentable, prouve que le train n’est pas seulement une affaire de chiffres, mais une question de volonté politique et de choix de société. Face aux enjeux climatiques, à la crise énergétique et à la désertification des campagnes, investir dans le rail devient un acte fort, presque militant. Et c’est ce que la Région Occitanie assume pleinement avec cette réouverture, en proposant des tarifs accessibles à tous, en intégrant les usagers les plus précaires à sa politique de transport, et en favorisant un modèle de tourisme plus durable, plus sobre, mais pas moins ambitieux.
En tant que photographe, je suis particulièrement sensible à ces initiatives qui réconcilient l’humain, le territoire et l’image. Photographier ce train, c’est figer le moment où un paysage retrouve sa voix, où une gare reprend vie, où un enfant reconnaît enfin le bruit du train au fond de la vallée. En écoutant ma nièce parler de ses prochains voyages, je perçois toute la portée de ce que certains considéraient comme une simple ligne secondaire.
Ce dimanche, les aiguillages ont changé de direction. Plus qu’un trajet entre deux villes, ce train trace une ligne entre hier et demain, entre souvenirs enfouis et promesses d’avenir. Et ce n’est qu’un début : dans chaque trajet, dans chaque passager, il y aura un peu de cette renaissance partagée.


















