Quand la réalité de l’amour champêtre est illustrée par une image sortie tout droit d’un algorithme, il y a de quoi être énervé. En regardant « L’amour est dans le pré », cette émission réputée pour son authenticité et sa proximité avec les terroirs français, quelle ne fut pas la surprise pour certains téléspectateurs de découvrir que des photos servant d’illustrations sont des images générées par intelligence artificielle !
Cette découverte suscite des questions essentielles sur l’éthique, l’information du public et l’évolution des médias visuels.

« L’amour est dans le pré » une émission qui valorise l’authenticité
« L’amour est dans le pré » est devenue une institution de la télévision française. Depuis ses débuts en 2005, cette émission de téléréalité met en lumière la vie des agriculteurs en quête d’amour. Chaque épisode emmène les spectateurs dans les coins les plus pittoresques de la France rurale, où les candidats partagent leur quotidien et ouvrent leur cœur à d’éventuels prétendants.
Ce programme, animé par Karine Lemarchand, repose sur une promesse simple : montrer la vraie vie, loin des paillettes et des artifices souvent présents à la télévision. Les images bucoliques, les paysages authentiques et les échanges sincères sont les piliers de cette émission. Pourtant, cette « authenticité » est aujourd’hui mise en question.
Une photo artificielle pour un amour soi-disant authentique
Soyons honnêtes, « L’amour est dans le pré » repose sur la promesse d’une sincérité brute, de rencontres à cœur ouvert et de paysages bucoliques. Mais, cette « authenticité » est entachée par l’utilisation d’une photo issue d’une IA, une pratique qui contraste étrangement avec l’image naturelle et à taille humaine que l’émission cherche à promouvoir.
Une découverte qui aurait pu passer inaperçue
L’image en question aurait pu être ignorée de tous si elle n’avait pas attiré l’attention d’un expert en intelligence artificielle, connu sous le pseudonyme « Defend Intelligence ». Cet informaticien et youtubeur a remarqué des détails subtils qui trahissent une création artificielle, les pommes affichées à l’écran ne sont pas réelles. C’est grâce à son expertise que cette manipulation visuelle a été mise en évidence.
Le cul de la pomme est ouvert alors que le sépale d’une pomme réelle est habituellement fermé. Pire, en étant attentif, on peut voir à travers ce trou comme si la pomme n’avait pas de chair. Le flou d’arrière-plan, appelé bokeh par les photographes, parait lui aussi très étrange.
La chaîne devrait rendre des comptes : utiliser une photo créée par une IA pour illustrer des émotions humaines, c’est comme servir un repas lyophilisé à un dîner gastronomique. Pour reprendre les mots d’un gastronome malheureusement disparu :
C’est d’la merde !
Jean-Pïerre Coffe
En poussant les recherches, j’ai découvert au moins qu’un autre plan utilisé par les producteurs était, lui aussi, généré par une intelligence artificielle. Ce ne sont sans doute qu’une infime partie de tous les plans de coupes utilisés pour cette saison.
Qui savait quoi sur l’utilisation d’une photo générée par IA ?
Était-ce une erreur ou une décision délibérée ? On pourrait penser qu’il s’agit d’une erreur avec l’utilisation d’un seul plan. Mais quand d’autres plans sont aussi générés par intelligence artificielle, il devient difficile de croire que les responsables ignorent ce qu’ils font.
- Les journalistes étaient-ils conscients que cette image n’avait jamais été capturée par un appareil photo ou une caméra ? Si oui, pourquoi ne pas l’avoir signalé ?
- Les monteurs ont-ils choisi cette photo en toute connaissance de cause, ou ont-ils simplement pris ce qui était disponible dans une banque d’images ?
Malheureusement, l’émission ne dispose pas de son générique sur la plateforme de replay de M6. Ainsi il est impossible d’avoir plus d’informations à ce sujet.
On retrouve en quelques clics cette photo transformée en vidéo sur une banque d’images très connue. Impossible de nier que la photo est générée par intelligence artificielle. Il y a une mention dans les données de la photo. Mais est-elle suffisamment mise en valeur ? Dès le moteur de recherche de la banque d’image apparait en surimpression un logo « IA ».

Le public doit-il être averti de l’utilisation de photo générée par IA ?
Le spectateur lambda n’a aucun moyen de savoir qu’il regarde une image artificielle. Pourtant, l’absence de transparence est trompeuse. Les régulateurs médiatiques devraient imposer un avertissement clair :
- « Cette image a été générée par une intelligence artificielle. »
Cela éviterait de créer une illusion et rappellerait au public que ce qu’il voit n’est pas toujours le reflet de la réalité.
D’ailleurs, dans le cadre des journaux télévisés et des émissions d’information, lorsque des images générées par IA sont utilisées, un message explicite est souvent diffusé pour en avertir les spectateurs. Alors pourquoi cela ne serait-il pas également obligatoire pour des émissions de divertissement ?
La banalisation des images générées par IA : un problème grandissant
Ce n’est pas un cas isolé. Sur les réseaux sociaux, les photos générées par IA prolifèrent, souvent sans avertissement. Des portraits hyper réalistes de personnes inexistantes aux paysages imaginaires, ces images inondent nos fils d’actualité. La limite entre le vrai et le faux s’estompe dangereusement.
Pourquoi cela pose-t-il problème d’utiliser des photo générée par IA ?
- Perte de confiance : Si les médias et les plateformes continuent d’utiliser des images IA sans transparence, le public risque de ne plus croire en rien.
- Impact sur les professionnels : Les photographes et illustrateurs subissent une concurrence déloyale face à des algorithmes qui produisent des images à moindre coût.
- Manipulation de l’information : Les images IA peuvent être utilisées pour désinformer ou manipuler l’opinion publique.
Les réseaux sociaux, un amplificateur
Les algorithmes des réseaux sociaux, avides de contenu attractif, mettent en avant ces créations IA. Les utilisateurs, généralement inconscients de leur nature artificielle, partagent et commentent, contribuant à leur propagation.
Aujourd’hui, le moteur d’IA de Twitter devenu X permet de générer des images mettant en scène des personnes connues. Ces images sont déjà utilisées pour essayer de propager de fausses nouvelles et autres fake news.
Un problème déjà dénoncé en 2022
En 2022 dans mon article « Création d’images par IA ». Je m’interrogeais déjà sur l’avenir des photos dans les banques d’images et autres microstocks. En voyant arriver les IA génératrices d’image, je me doutais que tôt ou tard des photos générées par IA seraient proposées par ces plateformes.


L’avenir de la photographie face à l’IA
En tant que photographe, je ne peux que m’indigner devant cette situation. La photographie repose sur un regard humain, une sensibilité, une capacité à capturer l’éphémère. Les images IA, bien que techniquement impressionnantes, n’ont pas cette âme. Elles sont le fruit de calculs, pas d’émotions.
Résister à la tentation d’utiliser des photos créées par des IA
Les médias et les créateurs de contenu doivent résister à la facilité qu’offre l’IA. Privilégier les photos authentiques, même imparfaites, est un acte militant pour préserver l’intégrité visuelle.
C’est aussi soutenir les photographes en apportant de nouvelles opportunités à des professionnels de l’image.
Éduquer le public à détecter les photos créées par des IA
Il est également essentiel d’éduquer les spectateurs et les internautes à détecter les images artificielles et à questionner ce qu’ils voient. Une société informée est une société mieux armée contre les dérives.
Hier soir, pendant l’émission « L’amour est dans le pré » sur M6, des vidéos d’illustration ont été générées par IA.
— Defend Intelligence (Anis Ayari) (@DFintelligence) January 14, 2025
Et devinez quoi ?
➡️Tout le monde s’en fout.
C’est devenu transparent et quasi indétectable.
Voilà le futur de l’IA : une IA transparente, indétectable et… pic.twitter.com/6DA9nvrBUO
Conclusion : une vigilance nécessaire
L’utilisation d’une photo IA dans « L’amour est dans le pré » est un symptôme d’une problématique plus large. Aujourd’hui c’est l’émission de M6 qui se fait épingler, mais combien d’émissions ont déjà utilisé de tels plans dans leur montage ? Si nous ne prenons pas garde, ces pratiques risquent de banaliser le faux au détriment du vrai. En tant que photographes, créateurs et consommateurs, nous avons le devoir de défendre une vision du monde qui reste ancrée dans le réel.

















