Comment calculer le salaire des photographes ?

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Régulièrement j’entends « les tarifs des photographes sont trop élevés ». Cette phrase se fait le plus souvent entendre dans la bouche de ceux qui ne savent pas comment fonctionne une entreprise. Ils pensent que le prix affiché correspond au salaire du photographe-entrepreneur, malheureusement il y a une grosse différence.

De la même manière des photographes amateurs pensent qu’il sera facile de transformer leur talent en entreprise mais malheureusement ils sont nombreux à se casser les dents dans les rouages de la comptabilité et quand ils survivent à cette épreuve ils arrivent difficilement à dégager un SMIC malgré un nombre d’heures de travail important, voire colossal.

Pour un entrepreneur, définir le prix d’une prestation photographique (ou autre) nécessite de prendre en compte de nombreux paramètres que le client ne voit pas toujours.

Il faut toujours distinguer ce que paye le client de ce que perçoit réellement l’entrepreneur.

Différence entre salaire et chiffre d'affaire chez les photographes
Le trésor des photographes ou ce que pensent certains en recevant un devis de photographe, malheureusement la différence est importante entre un devis et le revenu réel des photographes

Salaire ou revenu

La différence entre salaire et revenu est au final mince, dans les 2 cas c’est qui permet à une personne de vivre de son activité. Le salaire est versé aux salariés et constitue un revenu tandis qu’un indépendant comme c’est souvent le cas pour un photographe va avoir un revenu du travail issu des bénéfices réalisés par son entreprise.

Différencier temps de présence du temps de travail

Lorsqu’un photographe indique à son client qu’il est présent durant X heures le client ne voit pas toujours tout le travail qu’il y a avant et après ce temps de travail.

Avant de vendre une prestation, le photographe doit démarcher des clients, cela à un coût qui se répercute sur les factures. Ainsi le photographe va par exemple avoir un site web, des cartes de visites, il va parfois participer à des salons ou des rencontres

Si un client le contacte il devra réaliser un devis, ce qui prend du temps pour bien définir les contours du devis. Parfois il devra rencontrer le client une ou plusieurs fois et parfois meme cela ne se terminera pas par une commande.

Il devra préparer et vérifier son matériel en fonction des besoins, il chargera les batteries, fera le plein de son véhicule si il doit se déplacer.

Après la prestation, le photographe doit finaliser les photos. A ce jour je n’ai jamais vu un photographe transmettre sa carte mémoire contenant les photos brutes non triées à un client. Il va donc passer les photos sur un ordinateur. Réaliser des sauvegardes. Avant d’attaquer le tri et le post-traitement des photos. On dit le plus souvent que pour une heure de photographie il faut compter une heure sur l’ordinateur.

Ensuite il devra préparer, livrer sa commande, assurer le suivi financier de la commande, etc.

Ces étapes peuvent différer d’un photographe à un autre, ce qui peut expliquer des écarts de tarifs entre les photographes. Mais au final ces écarts devraient être relativement minimes.

Parfois le service peut être différent, quand certains vont livrer 20 photos d’autres vont en livrer beaucoup moins ou beaucoup plus pour la même durée de prestation. Parfois le photographe accompagnera son client dans des choix annexes, dans l’organisation de la prestation, parfois il ne va rien dire. Tous ces éléments peuvent faire varier un devis.

Le photographe doit payer ses impôts et ses taxes
Le photographe doit payer ses impôts et ses taxes avant de pouvoir dégager un salaire

Les impôts et taxes, freins des entreprises

Véritables freins dans la création d’emploi, les impôts et taxes sont pourtant indispensables au bon fonctionnement des services de l’Etat, même si parfois on se demande à quoi peut servir l’argent récupéré.

Pour les photographes, suivant leur statut, le taux d’imposition peut varier légèrement, mais j’ai l’habitude de compter que 1/3 du prix d’une prestation revient à l’état sous forme d’impôts ou de taxes.

Les charges

En plus des taxes et impôts les photographes ont des charges. C’est souvent ici que les photographes peuvent faire une différence avec leurs concurrents.

Le plus souvent on compte que les photographes ont environ 30% à 40% de charges.

Le photographe doit acheter son matériel, remplacer ou réparer le matériel défaillant, pour avoir de bonnes optiques (essentielles en photographie) il faut mettre le prix
Le photographe doit acheter son matériel, remplacer ou réparer le matériel défaillant, pour avoir de bonnes optiques (essentielles en photographie) il faut mettre le prix

Le matériel

Il est évident qu’un photographe va au moins disposer d’un appareil photo. Le plus souvent se sera un appareil reflex et il faudra donc prévoir un parc optique. A cela vont s’ajouter les accessoires nécessaires à la réalisation de la commande. Il va certainement disposer d’un sac, et parfois il utilisera un flash, parfois un trépied, parfois même un fond de studio etc. Sans parler des consommables (cartes mémoires, batteries etc).

Rares sont les photographes qui ont un seul boiîier, en cas de panne il est alors impossible de poursuivre la prestation.

Il va disposer d’un ordinateur avec les logiciels permettant de répondre à la commande. Dans le parc informatique du photographe il y aura aussi de quoi assurer des sauvegardes de ces travaux.

Certains photographes réalisent eux même leurs tirages ils possèdent donc une imprimante et les consommables (encres et papiers) pour la faire fonctionner.

Si le photographe se déplace il utilisera une voiture, suffisamment fiable pour le transporter.

Enfin certains photographes disposent d’un local pour travailler, parfois c’est un simple bureau, parfois cela s’approche d’un véritable atelier.

L’assurance

Au minimum le photographe dispose d’une assurance pro, il doit aussi assurer son véhicule, son local et son matériel.

Les consommables

Suivant les commandes le photographe peut transmettre ses photos sur un CD, une clé USB, sur papier, dans un livre ou tout autre support physique.

Ce sont les consommables qui ont un coût non négligeable. Ils peuvent fortement faire varier le coût du photographe. La préparation d’un livre photos demande beaucoup plus de temps que la préparation d’un CD ou d’une clé USB. De la même manière l’impression d’un livre se révèle plus coûteuse que l’achat de supports vierges.

Le photographe doit payer ses fournisseurs
Le photographe doit payer ses fournisseurs

Les frais invisibles

Au rayon des frais invisibles, je compte les frais d’énergies (chauffage, électricité, carburant). Il peut y avoir des frais de péages. Il faut prendre en compte les frais d’une connexion internet, d’une ligne de téléphone.

Il y a aussi tous les frais administratifs liés à la gestion du contrat, par exemple le comptable ou le logiciel de comptabilité. Les frais d’avocats parfois indispensables à la rédaction d’un (gros) contrat.

Le savoir-faire

Chaque photographe est différent, c’est ce qui permet d’avoir autant de photos, de visions d’un même moment, d’un même endroit, d’un même sujet. Cela vient du savoir faire du photographe. Chaque photographe est libre de monnayer son savoir faire comme il l’entend. Ainsi certains considèrent que leur savoir faire est un vrai plus et augmentent leurs tarifs, d’autres moins expérimentés vont au contraire diminuer leurs tarifs.

Le salaire, ce que perçoit réellement l’entrepreneur

Au final sur le prix annoncé par le photographe à ses clients, il faut retirer les taxes et impôts les charges et les consommables. Il ne reste le plus souvent qu’environ 35% du prix payé par le client qui constituent le revenu du photographe.

Si le photographe a bien fait ses calculs il peut tirer au minimum un SMIC horaire sur sa commande, celui ci peut être supérieur suivant la manière dont il valorise son savoir faire. Par contre si il oublie un élément en préparant son devis alors le photographe risque de ne pas pouvoir se verser un salaire suffisant.

12 COMMENTAIRES

  1. très bon résumé.
    Pour ma part j’ai choisi de facturer un tarif horaire pour la prestation photo qui comprend les photos triées (je supprime les rates) mais non traitée (je rentre dans les heures de travail les trajets).
    Toute autre prestation est en option et payable en plus suivant un tarifaire connu d’avance : post traitement, album, collage, cle USB, sauvegarde sur le cloud, album web…
    Ainsi je trouve que les clients ont plus la maîtrise de leur budget et libre a eux de décider après s’il veulent un album ou autre par exemple. La rencontre avant la prestation sert aussi a expliquer toutes ces options.

    Par contre en lisant tes explications je me rend compte combien chez moi le système d’impôts et taxes sont avantageux : Pour mon faible niveau de chiffre d’affaire (l’équivalent de quelques centaines d’euro par mois pour l’instant, la photo est une deuxième activité pro, en plus) je paye aux impôts 3,6% des bénéfices nets plus quelques euros pour équivalents de la secu (je cotise déjà a la retraite par ma première activité professionnelle). Je suis ainsi plus tenté d’investir dans du matériel par exemple, sachant qu’une part plus importante des bénéfices me restera a la fin.

    • @Ary
      Les impôts et taxes sont une véritable plaie, mais il faut aussi voir les avantage que cela procure. Le problème c’est qu’un client ne résonne pas en comptant ces frais.
      Fut un temps je pensais qu’il faudrait réduire ces taxes pour les petites entreprises, celles qui constituent une seconde activité. Mais avec l’experience je pense qu’il serait préférable de mieux éduquer les entrepreneurs pour qu’ils pratiquent des prix justes, sans quoi on va faire exploser une forme de concurrence déloyale entre les entreprises qui constituent une activité principale et celles qui ne servent qu’à mettre du beurre dans les épinards.

      Par contre je suis un grand partisan des charges taxes et impôts basés sur le réel et non calculé à partir d’un forfait.

  2. Les gens en général pensent que pour 100€ encaissé, c’est 100€ de bénéf, c’est pour ça qu’ils sont salariés et le peux qui franchisent le cap de l’entrepreneuriat se font vite calmer par la réalité. J’avais lu une stat une fois, genre 3/4 de ceux qui franchissent le cap reviennent à un statut de salarié dans le 3 ou 4 ans…

    Très bonne article en tout cas 😉

    • @Déclic Photo
      Merci,
      Monter et faire vivre son entreprise n’est pas toujours simple et parfois certains organismes font tout pour couler plutot que soutenir un entrepreneur. C’est certain, parfois le projet est mal ficelé mais il faut aussi avouer que rien n’aide vraiment à pérenniser une une entreprise.

  3. Bonsoir,
    Je crois que vous ignorez concrètement comment se forme le prix dans l’économie de marché actuelle où vous avez une offre et une demande : le « price maker » c’est le client, pas le photographe, c’est-à-dire le prix que le client est prêt à payer, celui qu’il a envie de payer. Par ailleurs, comme vous avez une offre pléthorique, y compris des gens qui sont prêts à travailler gratuitement pour la gloriole, sans compter que dans l’esprit des clients, 99% de ce que le photographe professionnel (qualification souvent usurpée soit dit en passant) produit peut être réalisé par un amateur averti qui lui a d’autres sources de revenus en général, donc vous pouvez oublier l’idée de manger en faisant des photos.
    Cordialement.

    • @LoJ
      On parle ici du calcul du salaire en partant d’un devis.

      Effectivement le calcul du devis doit s’approcher des attentes d’un éventuel client. Heureusement les photographes peuvent se distinguer les uns des autres cela joue aussi dans l’élaboration d’un tarif.

      Je ne nie pas que certains photographes sont prêt à tout pour faire des photos, il y a ici même de nombreux articles sur le sujet et d’autres sont en préparation…

  4. Le marché se moque du prix de revient du photographe pour établir un devis qui lui permettre de vivre décemment. Le déplorer ou le décréter ne change rien à la réalité des chiffres. Vous parlez de salaire : seul un salarié en reçoit un de son employeur. Or il me semble que l’essentiel des photographes professionnels sont indépendants. Le patron, c’est le marché… Donc la seule question qui vaille est : quel service un photographe peut rendre de nos jours, sachant que tout un chacun est équipé d’un matériel pour enregistrer des images et que la plupart des gens n’ont pas d’exigence particulière en terme de qualité pour justifier de payer un prix ? La photographie est qu’on le veuille ou non devenu un simple hobby. Le numérique et internet ont dévalorisé cette profession comme tant d’autres…

    • @LoJ
      Salaire revenu c’est de la rhétorique. Si le marché se moque du prix de revient d’une activité photographique, un photographe ne doit pas ignorer combien cela lui coute de travailler.
      Effectivement le marché est le patron à travers le client et les lois d’offres et de demandes, mais si les tarifs sont trop bas les photographes doivent ils les accepter ?
      Les photographes qui survivent aujourd’hui ont su se diversifier, mais sans explication, un jour il y aura un pimpin pour venir casser leur marché de niche.

      Le numérique n’a pas tué la photographie il a fait évoluer l’approche de celle ci. Certains photographes ont au contraire pu développer leur activité quand d’autres ont souffert parfois jusqu’à la fermeture ne pouvant ou refusant de s’adapter aux nouvelles règles qui ne se sont pas écrites en une nuit.

      Si certains n’ont pas d’exigence particulière, il faudra m’expliquer pourquoi tant de personnes se sont équipés de gros boitiers alors que nous avons tous un photophone dans la poche. Reste la question du savoir faire un gros boitier ne fait pas tout 😉

  5. Je m’inscris en faux : salaire ou revenu, ce n’est pas de la rhétorique. Le salarié, tant qu’il n’est pas licencié, reçoit sa paie chaque fin de mois, alors que le photographe indépendant ne sait pas ce qu’il va pouvoir manger le lendemain. Si tant de personnes sont équipées de gros boîtiers, c’est assez simple à expliquer : la société de consommation fait vendre tout et n’importe quoi à n’importe qui. Et ainsi, le quinquin moyen se croit devenu Salgado ou je ne sais qui de connu parce qu’il aura acheté un matériel coûteux. Avec le numérique, tout le monde est photographe, donc personne. Aujourd’hui nous vivons dans un univers hyper-connecté saturé d’images, qui vampirise l’attention et l’énergie. On se gargarise de pixels et de matériel, il y a tant et tant d’images et paradoxalement si peu de photographies…
    Bonne journée.
    PS : je n’ai pas de photophone pour ma part 😉

    • @LoJ
      La théorie veut qu’un salarié ait un certain confort, mais la réalité est différente, la précarisation est aujourd’hui une réalité pour de nombreux salariés qui vivent avec les mêmes difficultés financières que les indépendants.

    • @Anne
      C’est triste … mais c’est aussi une réalité de la photographie aujourd’hui.
      A trop dénigrer certains métiers on perd le savoir faire et on pousse certains vers la sortie

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