5 questions pour débuter la photo animalière avec Sébastien Miesch

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Avant toute chose, je tiens à remercier Loïc qui m’offre l’opportunité de parler d’une facette de la photographie que j’affectionne particulièrement : la photo animalière.

Après avoir parcouru pas mal de sites internet, forums et magazines spécialisés pour me lancer il y a trois ans dans cette discipline de la chasse photographique, je vais donc partager ici mon retour d’expérience, à mon humble niveau.

Ce billet s’adresse avant tout à ceux qui n’ont encore jamais ou très peu tenté de pratiquer la photo animalière. Chaque paragraphe mériterait un article à lui seul, mais je vais essayer de faire court en vous donnant des conseils simples et le plus concret possible.

Questions à se poser pour débuter en photographie animaliere
5 Questions à se poser pour débuter en photographie animalière

Quoi photographier pour débuter la photo animalière ?

C’est sans doute la première question à se poser avant de planifier une sortie : quels animaux photographier ? C’est une question de bon sens avant tout ! Cela va en effet être un peu compliqué de faire de la marmotte en Camargue ou du flamant rose dans les Alpes. Pour débuter le mieux est de se concentrer sur les espèces les plus courantes que l’on rencontre quasiment partout : chevreuils, renards, sangliers, etc… Et si vraiment vous êtes coincés en plein centre-ville sans moyen de locomotion, il doit certainement y avoir un parc pas trop loin avec quelques oiseaux voire des écureuils…

Le chevreuil, largement répandu en France, est idéal pour débuter en photo animalière
Le chevreuil, largement répandu en France, est idéal pour débuter en photo animalière

Où pratiquer la photo animalière?

Avant de préparer tout le barda et se lancer, il va falloir faire un minimum de recherche sur l’espèce que l’on souhaite photographier, en particulier concernant ses habitudes et son habitat : forêt ? plaine ? montagne ? zone marécageuse ? C’est plutôt frustrant et décourageant de rentrer bredouille de ses premières sorties, alors toutes les informations glanées ici ou là seront précieuses.

J’utilise principalement quatre moyens d’information différents :

  • l’entourage : posez des questions autour de vous, surtout si vous avez des chasseurs,     agriculteurs, randonneurs dans le lot : quels animaux rencontrent-ils, et où ?
  • les expos photo nature locales : c’est un très bon moyen de rencontrer d’autres photographes animaliers du coin et d’obtenir des conseils sur les bons spots aux alentours.
  • Internet : une recherche du style « blog photo nature + votre région/département » donne souvent des résultats très intéressants pour se faire une idée de ce qu’il est possible de faire dans la région. Il est également possible de faire un petit tour sur Flickr, histoire de voir les photos nature qui ont été géolocalisées dans votre périmètre. Selon les régions, on trouve également des sites spécialisés qui répertorient toutes les observations faites au cours des derniers jours.
le site faune-alsace recense toutes les observations signalées par les internautes
le site faune-alsace recense toutes les observations signalées par les internautes
  • les aménagements locaux destinés à promouvoir la découverte de la faune : renseignez-vous sur les réserves naturelles de votre région s’il y en a. Bien souvent, on y trouve des affûts « en dur » ou des observatoires conçus pour faire découvrir la faune locale aux promeneurs. Dans le même genre, l’office du tourisme propose parfois des cartes de circuits pédestres nature et décrivent les espèces susceptibles d’y être rencontrées. La LPO propose également des sorties gratuites pour faire découvrir l’avifaune locale. J’ai ainsi découvert presque par hasard qu’il était possible d’observer des guêpiers d’Europe à quelques dizaines de kilomètres de mon domicile.

Et si vraiment vous voulez du « tout-cuit », il vous reste le stage photo nature où le formateur vous emmène directement sur les bons spots.

Quand pratiquer photo animalière?

Choisir le bon moment de la journée :

Comme souvent pour la photo de paysage par exemple, on va chercher « la bonne lumière » en photo animalière. Privilégiez donc les sorties très tôt le matin ou en soirée (Golden Hour). C’est en effet à ce moment que le soleil levant ou couchant offre une lumière douce et photogénique, contrairement au milieu de journée où la lumière est dure avec des contrastes très forts et marqués, surtout en été. L’idéal est d’être installé sur le site choisi avant le réveil de la nature, à l’aube, donc avant le lever du soleil. Forcément, ça pique un peu les yeux en juin quand il faut se lever à 4 ou 5 heures du matin, mais dites-vous que c’est à ce moment que les animaux sont souvent le plus actifs et visibles. En plein journée, au plus fort de l’activité humaine, ceux-ci se montrent beaucoup plus discrets. L’inconvénient majeur de ces heures décalées (outre le fait de devoir s’extirper de son lit sans réveiller Madame – ou Monsieur- le dimanche matin) est le manque de lumière, surtout si vous êtes planqués au fin fond d’un sous-bois. Il va donc falloir monter en sensibilité et/ou utiliser un objectif à grande ouverture.

brume et soleil levant offrent souvent une ambiance toute particulière
brume et soleil levant offrent souvent une ambiance toute particulière

Choisir le bon moment de l’année :

En photographie animalière, chaque saison de l’année offre des occasions particulières de saisir certaines atmosphères ou comportements bien spécifiques. Là encore, la connaissance du sujet est primordiale pour orienter sa sortie photo sur telle ou telle espèce. Ainsi, le mois d’Avril sera propice à photographier les chevreuils qui perdent leur velours ainsi que leur pelage d’hiver. En Août, avec les moissons, on peut s’attendre à trouver le renard mulotant dans les champs. L’hiver quant à lui sera le moment de se concentrer sur les oiseaux migrateurs. Sans oublier le classique brame du cerf en Septembre. Bref, adaptez-vous au rythme des animaux.

l'hiver est propice à l'observation de grands rassemblements de chevreuils
l’hiver est propice à l’observation de grands rassemblements de chevreuils

Comment faire des photo animalière ?

On peut distinguer deux types de chasse photographique :

  • la billebaude : on se déplace/promène avec son matériel et on shoote au gré de ce qui se présente à nous, en essayant de s’approcher au maximum lorsqu’on fait une rencontre intéressante.
  • l’affût : on se poste très tôt sur un spot préalablement choisi, en se camouflant… Et on attend… On attend… Encore et encore…

En billebaude, le facteur chance est très important, forcément… Vous pouvez faire pas mal de sorties infructueuses avant d’apercevoir un animal. Un fois l’animal en vue (en espérant que lui ne vous ait pas repéré depuis longtemps) vient la technique de l’approche : là aussi, il va falloir connaître son sujet : est-il sensible aux couleurs et contrastes ? au mouvement ? au bruit ? C’est souvent tout cela à la fois en fait. Mais dans tous les cas, deux éléments sont très importants : le sens du vent (déplacez vous toujours vent de face, quitte à devoir faire un énorme détour pour approcher votre cible) et une tenue appropriée (couleur camo avec si possible visage et mains couverts pour éviter un contraste trop marqué). Un long poncho peut également être bien utile afin de casser la silhouette humaine si caractéristique que les animaux repèrent de loin. Faites également attention à ne pas avoir une démarche trop régulière sans marquer de temps d’arrêt (= pas de trajet rectiligne uniforme) : on avance de quelques pas, on s’arrête, on continue de quelques pas, on s’arrête, etc… Et surtout, veillez à ne pas déranger les espèces rencontrées : respect est le maître-mot.

les lièvres sont assez faciles à approcher à condition de rester en position allongée
les lièvres sont assez faciles à approcher à condition de rester en position allongée

A l’affût, vous aurez certainement plus de chances d’avoir une belle proximité avec l’animal si celui-ci se montre. Il existe différents types d’affûts, allant du simple filet qui vous recouvre à plat ventre dans le champ jusqu’à la cabane construite en dur, en passant par l’affût réalisé par vos soins avec des branchages ou une tente, voire même la technique de l’affût-voiture. Dans tous les cas, essayez d’être en place bien avant le lever du jour. Et attention si vous prévoyez une sortie dans un observatoire bien connu dans votre région : vous ne serez certainement pas seul (c’est sympa de se retrouver à plusieurs autour d’une même passion, mais à 7 ou 8 dans la cabane, ça commence à faire beaucoup quand même, et c’est du vécu).

Martin-pêcheur photographié depuis un affût permanent
Martin-pêcheur photographié depuis un affût permanent

Dans les deux cas, encore une fois, la connaissance du sujet vous sera précieuse. Une petite recherche sur le Net s’impose. Je vous conseille également la lecture de La Hulotte : de petits fascicules « pour enfant », mais bourrés d’informations que vous retiendrez beaucoup plus facilement que la lecture d’une page Wikipédia. Je vous recommande en particulier les numéros sur le chevreuil et le martin-pêcheur.

Un autre point important concerne votre sécurité. Prévoyez des vêtements adaptés aux conditions météo. Et dans la mesure du possible, indiquez à votre entourage où vous comptez crapahuter et votre heure de retour estimée.

Avec quoi faire de la photo animalière ?

Bien sûr, on peut faire de la photo animalière avec tout type d’appareil, mais bon : un réflex avec téléobjectif facilitera quand même grandement les choses.

Le boitier : ce n’est pas forcément l’élément le plus important, mais quelques caractéristiques sont à privilégier, comme une bonne montée en sensibilité (il n’y a pas toujours beaucoup de lumière tôt le matin en sous-bois), une construction solide voire tropicalisée (vous serez parfois amené à être dans des hautes herbes humides, ou allongé en forêt), un autofocus précis et une cadence élevée pour le mode rafale. Reste le choix du format : APS-C ou FX. Le plein format (FX) est plus onéreux, mais propose une montée en isos impressionnante sur les nouveaux modèles et un bokeh souvent moins nerveux que sur aps-c. L’aps-c (petit capteur) est plus abordable. Sans rentrer dans les détails, son principal intérêt réside dans le coefficient de conversion : ainsi une focale de 200mm montée sur aps-c donnera une équivalence de 300mm chez Nikon (x1,5) ou 320mm chez Canon (x1,6).

le mode rafale a permis de figer ce brocard en pleine extension
le mode rafale a permis de figer ce brocard en pleine extension

L’objectif : certainement le point crucial. Même si on vous dira que le plus important est de bien connaître son espèce pour s’en approcher au maximum, ça va être sacrément plus facile avec une longue focale. On est toujours trop court en photographie animalière !! Idéalement, on cherche donc une longue focale qui ouvre un max. Problème pour beaucoup d’entre nous : ça coute une blinde (10000 euros le nouveau 500mm F4 fraichement annoncé chez Nikon par exemple). La focale reine pour débuter (et même poursuivre) est à mon sens 300mm. Si vous n’avez jamais pratiqué la photo animalière et que vous n’êtes pas sûr d’accrocher, je vous conseille donc de commencer avec un objectif du type 70-300 (ou 55-300 ou 18-300). Cela vous permet en effet de voir si ça vous plait avec un investissement initial limité. Il y a vraiment moyen de se faire plaisir en débutant avec ce type d’optique. Et si vous ne souhaitez pas aller plus en avant dans la photo animalière, il vous restera tout de même un objectif passe-partout, idéal en vacances par exemple.

un objectif d'entrée de gamme type 55-300 permet déjà de goûter aux joies de la photo animalière
un objectif d’entrée de gamme type 55-300 permet déjà de goûter aux joies de la photo animalière

Le problème de ce type d’objectif est la qualité optique moindre à fond de zoom (donc à 300mm) et la faible ouverture (souvent F5,6). Si la photo animalière vous plait, vous passerez donc assez rapidement à un 300mm fixe (F4 ou F2,8 selon votre budget) afin d’obtenir une qualité d’image nettement supérieure à celle des zooms. Personnellement, j’ai un 300mm F4 Nikon dont je suis pleinement satisfait : piqué au top dès la pleine ouverture et qui permet également de faire un peu de proxi-photo.

Un 300mm fixe permet de s'initier à la proxi-photographie
Un 300mm fixe permet de s’initier à la proxi-photographie

Cet article étant orienté débutant en photo animalière, je ne parlerai pas des super téléobjectifs de 500 ou 600mm à plusieurs milliers d’euros. Néanmoins, depuis peu de temps, Sigma et Tamron proposent des zooms 150-600mm aux alentours de 1000 euros. Cela reste une belle somme, mais les retours sur ce type d’objectifs sont plutôt positifs. Nikon vient également d’annoncer un 200-500mm à 1500 euros. Ces options sont donc à prendre en compte pour les « débutants motivés » qui souhaitent un peu plus d’allonge ou qui préfèrent la souplesse d’utilisation d’un zoom à celle d’une focale fixe.

Avant de casser la tirelire pour l’objectif, n’oubliez pas que la photo animalière implique d’autres dépenses spécifiques : vêtements et matériel de camouflage, chaussures de marche ou de montagne, monopode ou trépied, rotule (le prix d’une rotule pendulaire de marque réputée peut grimper assez haut), sac de transport, cartes mémoires rapides, etc… Si la photo peut être une passion couteuse, la photo animalière le sera encore plus.

chevreuil photographié depuis la voiture sur un chemin agricole
chevreuil photographié depuis la voiture sur un chemin agricole

En conclusion, je vous dirai que la photo animalière est une discipline difficile, chronophage mais tellement captivante. Elle vous fera certainement (re)découvrir et voir d’une autre manière l’environnement juste à coté de chez vous. Et même si vos premiers clichés seront peut-être plus descriptifs qu’esthétiques, quel plaisir de se retrouver seul au lever du soleil, perdu en pleine nature pour admirer le magnifique spectacle parfois si fragile et menacé qu’elle nous offre….

8 COMMENTAIRES

  1. Supers sympas tout ces conseils,
    Ca fait un moment que j’ai envie de me lancer, mais ce domaine de la photo m’a l’air beaucoup plus chronophage que la macro, du coup j’hésite toujours à sauter le pas.

    • @Donlope
      Je ne pense pas que ce soit plus chronophage, comme dans toutes les photos il faut de la préparation. Avec l’habitude la préparation devient un peu plus rapide à effectuer 😉

    • Il y a le temps de trajet aller-retour jusqu’au spot choisi qui est souvent plus long en photo animalière qu’en macro :-/ J’aurais du rajouter le conseil de préparer ses affaires la veille au soir histoire de gagner qq minutes 😉

  2. Merci pour ce rendu, c’est vrais que chaque point mériterai d’être traiter seul, c’est une passion au vrais sens du terme, je la compare parfois à la pêche sauf qu’ici c’est plus généreux car on partage nos clichés avec d’autre alors que les poissons non 🙂

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