Sebastien Malo photographe d’araignées

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Je m’appelle Sébastien MALO, j’ai 35 ans, je suis pacsé et le père comblé de 3 enfants de 9, 6 et 2 ans. Je vis en région Toulousaine depuis bientôt 12 ans. Amateur de photographie depuis mon enfance et j’ai débuté avec des appareils photos jetables (clic-clac, merci Kodak !) avant d’obtenir de mon père mon tout premier appareil, un compact argentique… Parallèlement à cela, j’observais les insectes que je récupérais dans des petites boîtes pour mieux les admirer. Ne me demandez pas pourquoi…

J’imagine que c’est ainsi qu’est née ma passion pour la macrophotographie.

Mon métier ne me laissant pas beaucoup de temps libre, je m’adonne à la photographie dès que j’ai un moment, en essayant de concilier au mieux cette passion dévorante avec ma vie de famille.

Cette « spécialité », très instructive, permet de découvrir des détails ou des insectes dont j’ignorais l’existence il y a encore quelques semaines. Au travers de mes clichés, j’essaie de transmettre et partager ces découvertes pour, à minima interpeller les gens qui les regardent, et au mieux, faire passer un message écologiste, en révélant la beauté et la richesse de la nature qui nous entoure. Qui a dit idéaliste ?

Autoportrait Sébastien MALO (CANON 50mm f1.4), ISO 250, f.8.0, 1.200s
Autoportrait Sébastien MALO (CANON 50mm f1.4), ISO 250, f.8.0, 1.200s

Comment as-tu commencé la photo ?

Comme je l’ai dit plus haut, cela remonte à mon enfance. Je ne me cantonnais, à l’époque, qu’à des photos de famille ou paysage. Rien de bien extraordinaire. Je ne m’épanouissais pas forcément.

Par la suite, j’ai eu l’occasion de parcourir le magnifique département de la Dordogne équipé d’un compact numérique, SONY Cyber-shot DSC-P92 à 5 mégapixels (ça claque hein !?). Là, j’ai pu figer de magnifiques paysages, mais encore une fois, je ressentais une certaine frustration…

En 2015, j’ai acquis mon tout premier reflex et là, il y a eu comme une révélation. J’en voulais un depuis longtemps ! J’ai découvert et apprivoisé les possibilités offertes par ce matériel et j’ai naturellement commencé à étoffer mon parc optique. Je me cherchais encore.

En farfouillant à droite et à gauche, je suis tombé sur de très bonnes occasions. Je me suis alors équipé de mon tout premier et fidèle objectif macro, au départ par curiosité. Il ne quitte presque plus le boîtier !

Ce n’est qu’au printemps 2017 que j’ai vraiment commencé la macrophotographie.

Ça y est ! J’avais enfin trouvé mon truc !!!

Comment as-tu appris la photographie ?

Je suis tous les jours en train d’apprendre la photographie.

Curieux, autodidacte et passionné, je n’ai suivi aucune formation.

J’ai appris sur le tas le peu que je sais, en visionnant des tutos sur Youtube, en lisant des bouquins « un peu » techniques et en demandant conseil à des gens plus expérimentés que moi.

Mais c’est surtout, en pratiquant, pratiquant, encore et encore… Le terrain est la meilleure école ! Beaucoup de déchet en macrophotographie mais ça vaut le coup ! Il faut être patient et se remettre en question en permanence.

Malgré tout, je n’ai aucune prétention et je sais que j’ai encore beaucoup de taf pour maîtriser tout l’art de la photographie, mais je suis patient, et j’ai encore soif d’apprendre !

Quel est ton approche actuelle de la photo ?

Ce n’est pas la photographie que je dois approcher mais les petites bêtes !

Je pense avoir, après pas mal d’années d’errance, trouvé ma voie.

J’aime tous les styles de photos, mais j’ai, pour l’instant, un intérêt certain pour la macrophotographie / proxy-photographie, car il faut sans cesse s’adapter à son sujet à qui on ne peut bien évidemment pas demander de prendre la pose ! C’est une challenge à chaque prise.

Cela implique pas mal de recherches afin de débusquer de jolis insectes, de la curiosité et de la patience.

Je veux avant tout prendre du plaisir, de la recherche des bébêtes au post-traitement en passant par le « shooting », et partager mes trouvailles grâce, encore une fois, à internet.

J’aimerais aussi essayer de faire aimer des animaux bien souvent mal connus et donc, ignorés, voire détestés. Comme les araignées par exemple, qui sont de fascinants modèles, les saltiques étant mes préférées !

Photo n°1, Salticidae Saitis Barbipes mâle sur doigt, ISO 200, f 4.0, 1.160s, Photo Sébastien MALO
Photo n°1 : Salticidae Saitis Barbipes mâle sur doigt, ISO 200, f 4.0, 1.160s, Photo Sébastien MALO

Quelles sont tes sources d’inspirations ?

Elles sont très simples.

Je suis abonné à des groupes thématiques sur Facebook et je suis les pages Facebook d’autres photographes, qui m’en apprennent énormément.

Mais ma principale et intarissable source d’inspiration est bien évidemment la Nature.

On n’y prête pas assez attention mais elle regorge de petites choses extraordinaires !

Aujourd’hui as-tu envie de découvrir d’autres domaines liés à la photographie ? Qu’est ce qui t’empêche d’essayer ?

Oui pourquoi pas ? D’autant que je ne peux pas affirmer que je vais continuer dans la macro… je suis comme ça.

J’aime beaucoup la macrophotographie extrême et le focus stacking, avec des rapports de grossissement de fou !

J’aime aussi beaucoup l’URBEX, ou la Street. C’est très graphique.

Le truc, c’est que je n’ai pas beaucoup de temps à y consacrer alors je préfère me centrer sur une seul discipline à la fois et progresser à mon rythme, en me faisant plaisir.

Comment définis-tu ton statut et pourquoi ?

Je dirais « humble Photo-didacte amateur ».

Humble, parce que je suis encore très loin d’arriver à ce que font certains, j’ai encore énormément de travail. Humble face à la Nature aussi.

Photo-didacte, vous l’aurez compris, parce que j’apprends la photo tout seul, comme un grand.

Et amateur parce que j’aime vraiment ça et que je n’en vis pas !

Photo n°2, Salticidae Saitis Barbipes mâle, ISO 800, f 14, 1.125s, Photo Sébastien MALO
Photo n°2 : Salticidae Saitis Barbipes mâle, ISO 800, f 14, 1.125s, Photo Sébastien MALO

Quel est ton matériel et pourquoi ?

Je possède depuis l’été 2015 un boîtier CANON EOS 1200D (boîtier d’entrée de gamme, idéal pour apprendre les bases du reflex), et depuis très peu, un CANON EOS 70D (très bonne affaire en occasion).

Pour couvrir un peu toutes les focales, je possède 4 objectifs :

Vu que je suis plus orienté macro, j’utilise donc le 100mm auquel j’adjoins souvent une bonnette Raynox DCR-250 pour augmenter le grossissement, ou encore la bonnette Raynox MSN-202 qui offre un grossissement encore plus important.

Pour ce qui est de la lumière, car il en faut en macro, je possède un Flash Cobra GLOXY GX-F990 que je diffuse avec un masque anti-poussière en papier blanc ! Oui oui, système D ! (voir Autoportrait)

Je compte faire évoluer ce matos avec un flash dédié à la macro et, sait-on jamais, avec le Graal du caillou macro, j’ai nommé le CANON MP-E 65mm f/2,8 1-5x, mais vu les tarifs (même en occasion), je vais devoir attendre encore un peu…

A moins que je n’ouvre une cagnotte LEETCHI !!! Chiche !

Quel est ton « flux de production » ?  De l’idée à la diffusion de la photo

Je n’ai pas vraiment de flux ou de rythme. Je shoote surtout en fonction du temps dont je dispose, mais aussi de la météo, et de la saison. Il est bien évident qu’en plein hiver, les insectes vont se faire plus rares…

Si le temps et ma motivation s’y prêtent, je sors et je farfouille. Je shoote. Je me baisse, je m’accroupis, m’agenouille, je rampe parfois. Certains passants doivent me prendre pour un fou parfois…

Ensuite, j’exporte de la carte, je vérifie, je trie, je classe, je jette pas mal (j’ai lu quelque part qu’en macro, il fallait compter entre 60 et 80% de déchet, je n’ai jamais vérifié…). Et ensuite, je développe mes photos avec Lightroom. J’essaie de sublimer les petites bêtes.

Je ne diffuse pas forcément les photos tout de suite, je peux les stocker plusieurs jours ou semaines avant de les publier. Je fais au gré de mes envies. Parfois même, je parcours mes catalogues Lightroom et je travaille une photo qui ne m’avait pas forcément plu au début et au final, ça marche !

Où montres-tu tes photos et pourquoi ces choix ?

Si je suis satisfait, je garde et je partage sur ma page Facebook :  « Une araignée au plafond – Séb MALO Photographie » 

J’aime partager et discuter de mes photos, recevoir des critiques constructives, des conseils et apprendre, toujours apprendre…

Facebook touche énormément de monde pour peu qu’on sache s’en servir…

J’aimerais un jour imprimer en grand format et exposer qui sait. Mais je manque de temps et surtout de confiance en moi pour le moment. On verra plus tard ou en fonction des propositions que l’on pourrait me faire.

Photo n°3, Lycosidae Hogna Radiata (8 cm), ISO 800, f 11, 1.160s, Photo Sébastien MALO
Photo n°3 : Lycosidae Hogna Radiata (8 cm), ISO 800, f 11, 1.160s, Photo Sébastien MALO

Quels sont tes meilleurs et pires souvenirs photographiques ?

Chaque ballade est un bon souvenir photographique (même si je ne trouve rien).

Je pense que chaque fois que j’arrive à shooter une araignée sans qu’elle prenne la fuite, que j’arrive à la fin du développement et que je suis satisfait de mon « travail » est un bon souvenir photographique. Je me contente de moments simples. Si je ne devais retenir qu’un seul moment, c’est celui où j’ai enfin réussi, à force de persister, à shooter un araignée sauteuse correctement, bien éclairée et nette, parce qu’au début, c’est loin d’être évident.

Le pire souvenir, mais là, c’est complètement de ma faute et je pense que je ne dois pas être le seul dans ce cas, c’est quand je shoote, tout fier de moi, et que je me rends compte que l’écran du boîtier affiche « PAS DE CARTE ».

Heureusement pour moi, le 70D intègre la fonction « pas de shoot sans carte »… Ça ne devrait donc plus m’arriver !

Tu illustres cet interview avec plusieurs photos, pourquoi celles ci ? Raconte-nous leurs histoires

Pas évident de ne choisir que quatre photos, elles me plaisent toutes et ont toutes leur petite histoire…

Photo 1 : Salticidae Saitis Barbipes mâle sur doigt

La première que j’ai choisie, c’est celle d’une saltique, et plus précisément d’une « Salticidae Saitis Barbipes » mâle. Très courante dans la région, elle est visible sur les murs ou pierres chauffés au soleil de l’été. C’est, pour l’instant, une de mes préférées, reconnaissable à ses yeux verts émeraude, à son pelage orangé vif et à sa troisième paire de pattes surdimensionnées et velues (Barbipes : du latin « Pieds poilus », ça ne s’invente pas) qu’elle agite frénétiquement pour intimider ses adversaires ou séduire les femelles. Sur cette photo, on peut se rendre compte de sa taille de 5 mm (pattes comprises), car elle se balade sur mon doigt. Un petit moment sympa, quand on aime ça bien sûr !

Photo n°2 : Salticidae Saitis Barbipes mâle

La seconde a pour sujet la même araignée. Je l’ai shootée au 100mm avec la Raynox DCR-250. Une de mes premières vraies macro. Moment très agréable et stressant en même temps car ces araignées n’arrêtent que très rarement de bouger et ça rend le shoot un peu sportif. Mais parfois, elles se figent, comme pour prendre la pose, ou regarder le gros objectif qui ne se trouve qu’à 4 ou 5 cm d’elles. J’adore !

Photo n°3, Lycosidae Hogna Radiata (8 cm)

Pour la troisième photo, on change de registre, surtout de taille ! De 5 mm, on passe à 8 bons centimètres (avec les pattes) pour cette araignée-loup « Lycosidae Hogna Radiata », en plein repas. Celle-ci, je l’ai vue de loin ! Elle était, malgré sa taille, très calme, et m’a laissé m’approcher d’elle à 3 ou 4 cm, pour la shooter. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à la base, sans être arachnophobe, je crains les araignées de grande taille, ou plutôt, elles m’impressionnent. Alors imaginez la sensation que ça peut procurer, quand pendant le shoot, concentré, l’œil dans le viseur, vous voyez l’araignée se mettre à avancer vers vous… sachant que dans le viseur, on la voit comme sur la photo !!!

Photo n°4 : Zoropsidae Spinimana

La dernière photo me fait toujours quelque chose quand je la regarde. Une mélange de frisson et de satisfaction. Il s’agit d’une « Zoropsidae Spinimana » d’environ 3 cm (toujours pattes comprises) que j’ai trouvée tout bêtement en train de se balader sur ma poubelle. Je l’ai capturée en douceur. J’insiste sur le « en douceur » car je ne maltraite jamais les sujets que je shoote, contrairement à certains qui n’hésitent pas à utiliser des méthodes douteuses pour calmer les insectes (congélateur quelques minutes, insecticide, etc…), et je les libère toujours après le shoot qui ne dure que quelques minutes, à l’endroit où je les ai trouvés. De plus, je préfère nettement le shoot en milieu naturel, plus réaliste, le but étant de ne pas traumatiser les sujets et de les déranger le moins possible. J’ai donc immortalisé celle-ci sur un fond blanc maison et avec éclairage maison (bureau de ma fille et lampes de chevet à LED, en plus du flash diffusé). Sa position est une attitude de défense que je trouve très esthétique et impressionnante.

Photo n°4, Zoropsidae Spinimana, ISO 800, f 11, 1.160s, Photo Sébastien MALO
Photo n°4 : Zoropsidae Spinimana, ISO 800, f 11, 1.160s, Photo Sébastien MALO

As-tu un conseil pour les photographes qui lisent ce billet ?

N’ayez pas peur de shooter, shooter et encore shooter !

Pour ceux qui voudraient se lancer dans la macro, ne craignez pas de devoir multiplier les prises de vue avant de bien maîtriser votre matos. En effet, les conditions de lumière et de mise au point sont souvent délicates et la photo que l’on croit nette sur l’écran du boîtier se révélera très moyenne voire ratée une fois exportée sur votre ordinateur. C’est parfois vraiment frustrant, mais il faut persévérer !

N’ayez pas peur du ridicule et ignorez le regard des autres. On est parfois obligé de prendre des positions très douteuses et vraiment inconfortables. Par exemple, pour shooter cette araignée qui se balade sur une plante à seulement quelques centimètres du sol… Le quatre-pattes est souvent de mise pendant de longues minutes, et il arrive que des gens vous regardent d’un œil interloqué, parfois même méprisant !

Mon dernier conseil et pour ma part, le plus important, PRENEZ DU PLAISIR !!! Je pense que, quel que soit votre domaine de prédilection dans la photographie, c’est la base.

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